le pique nique des orphelins

Le pique nique des orphelins, Louise Erdrich 9782253073680-001-T

extrait

Je ne donne rien, je ne prends rien, je ne signifie rien, je ne retiens rien.
Voilà ce que je me dis dans cet étrange et faux crépuscule. Je fermai les yeux pour y échapper. Je fermai mon esprit pour échapper à cette pensée. Je retins ma respiration. Et dans ce moment obscurci, désolé, étouffant, quelque chose me retint. Une chose. Pas un objet, pas un projet, ni même les paroles entêtantes d’une chanson, mais une sensation de douceur. Je ne peux pas en dire davantage. Un souffle, rien d’autre, mais si pur.
P. 440

Et maintenant, tandis que Mary parle, il me vient la curieuse idée que tout ce qu’une personne a touché devrait être enterré avec elle, parce que ça ne rime à rien que les objets survivent aux gens. Tandis qu’elle me rabat les oreilles de pesanteurs invisibles, je nous vois toutes aspirées la tête la première dans l’espace. Je nous vois volant dans un grand vent peuplé de nos paillassons en caoutchouc et de nos brosses à cheveux jusqu’à ce que nous soyons avalées, avec une rapidité effrayante, et que nous disparaissions