Desert Mountain Tribe, Interstellar

heavy rotation en ce moment…

petit rappel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Shoegazing)

Le shoegazing, ou shoegaze, est un sous-genre musical du rock alternatif ayant émergé à la fin des années 1980 au Royaume-Uni, lancé par des groupes tels que My Bloody Valentine, Lush, Slowdive, Chapterhouse, et Ride. Il connaît le succès jusqu’au milieu des années 1990, en particulier en 1990 et 1991, ainsi qu’un regain de popularité au début des années 2010. La presse britannique, en particulier NME et Melody Maker, nomment ce style « shoegazing », car les membres de ces groupes jouent sur scène d’une manière introspective et laissent penser qu’ils contemplent (gazing at) leurs chaussures (shoe)1,2. L’usage significatif de pédales d’effet contribue à l’image de musiciens qui regardent leurs pieds pendant les performances3.

La musique shoegazing est caractérisée par l’usage significatif d’effets de guitare, et de mélodies vocales indiscernables se mêlant à un son créatif de guitare1. Au début des années 1990, des groupes de shoegazing se font voler la vedette par le mouvement grunge et les premiers groupes de britpop comme Suede, forçant des groupes relativement inconnus à se séparer et à revoir leur style1.


Desert Mountain Tribe

http://www.desertmountaintribe.com/

https://www.discogs.com/fr/artist/3623793-Desert-Mountain-Tribe

Desert Mountain Tribe are a London (via Köln) based three-piece who have been picking up a global following with their heady psych-rock. The band consists of Jonty Balls (vocals, guitar), Philipp Jahn (bass), and Felix Jahn (drums).

http://drownedinsound.com/releases/19283/reviews/4149831

Live at St Pancras Old Church
https://www.metropolis-records.com/product/11510/live-at-st-pancras-old-church

Desert Mountain Tribe ‎– Om Parvat Myster, 2018 (!)

Desert Mountain Tribe – Chemical Genius (feat. Najma Akhtar)

10 ans (presque/déjà/encore/toujours)

Détrônons le PIB !

Weronika Zarachowicz

Publié le 19/06/2009. Mis à jour le 01/02/2018 à 09h01.

Tout le monde dénonce la dictature du produit intérieur brut, indicateur toujours référent pour évaluer les “progrès” d’un pays. Reste à inventer d’autres indicateurs. Les projets ne manquent pas…

Quarante années à se battre. Quarante ans que des économistes, des philosophes, des ONG du monde entier cherchent à détrôner LE référent star de l’économie, le roi des statistiques : le fameux PIB, ou produit intérieur brut. Mais rien n’y fait. A Bercy comme ailleurs, les yeux restent rivés sur cet indicateur de richesse et décortiquent la moindre de ses fluctuations. La bataille a jusqu’ici été inégale. D’un côté, des contestataires, certes de plus en plus nombreux, mais jugés « hétérodoxes » ou anecdotiques, à l’image de l’exotique royaume du Bhoutan qui imagina dès 1972 le « bonheur national brut ». Face à eux, une icône des temps modernes, le PIB, conçu pour évaluer la production d’une économie nationale et sacré symbole de la mesure du « progrès » des sociétés. Mais le vent tourne. Avec la crise écologique aiguë, le hiatus criant entre croissance économique et bien-être, et l’explosion des inégalités, on redécouvre cette évidence : le PIB n’a jamais été pensé comme un thermomètre de la qualité de la vie. Il n’a même rien à y voir. Résultat, la fronde anti-PIB « s’officialise », notamment en France.

La première attaque est partie de l’Elysée en janvier 2008 : Nicolas Sarkozy nomme une commission dirigée par les Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Amartya Sen. Sa mission ? Inventer de « nouveaux indicateurs de richesse ». Attendu pour avril, puis pour septembre, son rapport sera remis « début juillet », selon son coordinateur général, Jean-Paul Fitoussi. La seconde vient d’une autre commission, confiée par François Fillon au Conseil économique, social et environnemental. Elle vient de rendre ses conclusions, moins médiatiques mais passionnantes.

Que s’est-il passé pour que Sarkozy se mue soudain en pourfendeur du PIB et de la « croissance quantitative » ? Un choix stratégique, d’abord : avec ce coup médiatique, en empruntant à la gauche idées et personnalités, l’Elysée lui coupe l’herbe sous le pied. Ainsi la composition de la commission a en partie été organisée avec Jean-Paul Fitoussi, économiste keynésien, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (le centre de recherche de Sciences Po) et l’un des rares en France à disposer d’un réseau international de chercheurs, de haute volée et plutôt marqué à gauche. Lui a convaincu des figures comme Stiglitz et Sen mais aussi Tony Atkinson, un spécialiste mondial de l’analyse de la pauvreté, ou Kenneth Arrow, autre Prix Nobel d’économie…

« Mais surtout, l’Elysée a senti l’air du temps… », résume l’économiste Jean Gadrey, membre de la commission Stiglitz. Sur les traces des premières critiques au PIB formulées par le rapport Meadows (le fameux « Halte à la croissance » du Club de Rome) dans les années 1970, des précurseurs ont relancé le débat en France il y a dix ans. Parmi eux, les philosophes Patrick Viveret (aussi magistrat à la Cour des comptes) et Dominique Méda, Jean Gadrey et une autre économiste, Florence Jany-Catrice (1). Et des institutions aussi peu alternatives que l’ONU ou l’OCDE ont aussi ouvert la voie, avec de nouveaux indicateurs à la clé ou de grandes conférences internationales.

« Au point qu’un consensus se dessine sur les limites du PIB, jusque chez les économistes et les statisticiens, résume Philippe Le Clézio, rapporteur de la commission du Conseil économique et social. Que lui reproche-t-on ? De se contenter d’additionner les valeurs produites par les entreprises et les administrations. Et de ne tenir aucun compte des activités non monétaires.» Oublié, le « temps libre » ! Oublié, le travail domestique ou bénévole ! Comme disait Alfred Sauvy, «épousez votre femme de ménage et vous ferez baisser le PIB ». Quant à la répartition des richesses, elle aussi est invisible. « Les concepteurs du PIB, imprégnés de l’idée selon laquelle croissance économique et progrès ne seraient qu’une seule et même chose, étaient convaincus que les inégalités régresseraient au fur et à mesure du développement », ajoute Le Clézio.

Ce n’est pas tout : les dégâts sociaux et environnementaux, eux, augmentent le PIB dès lors qu’ils permettent de produire des biens marchands ! La déforestation en Amazonie ? Rien de tel pour faire grimper le PIB brésilien car elle permet une culture intensive du soja ou du maïs. Une marée noire ? Dépollueurs et assureurs se mettent au boulot… Bref, loin d’être une boussole, le PIB nous aveugle. Selon Joseph Stiglitz, dans le rapport préliminaire de la commission, nous avons pris les Etats-Unis pour modèle sur la base de leurs statistiques de croissance et de PIB par habitant, alors qu’il s’agissait d’un pays en faillite sur presque tous les plans, économique, social, écologique et financier…

Bonne nouvelle, partout dans le monde, de nouveaux thermomètres se sont multipliés. Certains se sont même taillé un joli succès, jusqu’à faire de l’ombre au PIB. L’« indicateur de développement humain » (IDH) des Nations unies, calculé depuis 1990, évalue à côté de la richesse matérielle l’espérance de vie et l’accès des habitants à la santé et à l’éducation. Autre étoile montante, l’« empreinte écologique » : grâce à elle, on sait qu’un Français a besoin de 5,1 hectares pour vivre et (sur)consommer, bien au-delà des capacités offertes par la Terre (1,6 hectare par humain). Plus connu des experts, l’« indicateur de bien-être économique » des Canadiens Osberg et Sharpe repose, lui, sur quatre piliers de « valeurs », allant de la consommation au degré de protection sociale ou de préservation du capital environnemental. «On y apprend, explique Florence Jany-Catrice, que les Anglo-Saxons ont connu une régression de leur bien-être dès le milieu des années 1980, bien plus nettement que les pays scandinaves…» L’économiste vient de concocter un « indicateur de santé sociale » des régions françaises, à partir d’un baromètre des inégalités et de la pauvreté réalisé pour le Nord-Pas-de-Calais. Qu’y apprend-on ? Que les territoires les plus riches économiquement sont classés parmi les plus « pauvres » à l’aune de cet indicateur. L’Ile-de-France, dotée du meilleur PIB par habitant, est à la dix-septième place du classement, avec une explosion des inégalités. Le « pauvre » Limousin, lui, caracole en tête du classement des performances sociales…

Et puis, il y a aussi l’« indicateur du bonheur » du chercheur néerlandais Ruut Veenhoven (la France y occupe la trente-neuvième place…), la « carte mondiale du bonheur » de l’Anglais Adrian White, ou encore l’« indicateur de sécurité personnelle » du Canadian Council on social development. Une multiplicité de boussoles qui dit aussi les limites de chacune. D’où ces questions qui ont animé les commissions Stiglitz et du Conseil économique : combien d’indicateurs faut-il pour sortir de l’emprise du PIB ? Un seul, deux ou trois, ou toute une batterie ? Veut-on mettre en avant l’écologie ? Les inégalités ? Et comment joindre les deux ? «Nous avons besoin d’outils précis, qui fassent sens, martèle Jean-Paul Fitoussi. Il n’est pas question de proposer un seul indicateur magique, qui agrégerait toute une série de grandeurs mais qui ne voudrait rien dire sur le plan scientifique ! » Histoire de respecter les points de vue différents, voire opposés, des vingt-cinq membres de sa commission, le rapport Stiglitz devrait donc détailler « toute une série de pistes ». Avec deux propo­sitions développées dans le pré-rapport : une « nouvelle » comptabilité nationale, avec notamment un PIB «amélioré», intégrant mieux la production non marchande. Et un indicateur inspiré de celui de la Banque mondiale : l’« épargne nette ajustée » (qui évalue l’usage durable par une économie de son capital économique, humain et naturel). Même prudence du côté du Conseil économique et social, qui privilégie une approche « tableau de bord » avec une douzaine d’indicateurs, et mise sur le « bilan carbone », qui mesure les émissions de C02 dues à l’activité humaine.

Mais une batterie d’indicateurs, aussi performants soient-ils, peut-elle rivaliser avec la force symbolique du seul PIB ? Sans doute pas. « Aucun indicateur ne pourra rendre compte de la complexité du réel, dit Patrick Viveret. Un indicateur est un outil pour sensibiliser et alerter : il doit « parler » aux gens afin qu’ils modifient leurs comportements ou acceptent des politiques radicales. » Un point de vue partagé par Dominique Méda : « Il faut choisir un ou deux indicateurs synthétiques capables de concurrencer le PIB. Certes il y a autant de types d’indicateurs que de façons de se représenter une « bonne » société, et la principale critique faite aux propositions alternatives au PIB est leur caractère arbitraire. D’où la nécessité de les choisir grâce à une délibération collective de qualité. » Derrière le débat souvent très technique, se joue une passionnante bataille, philosophique et politique : sur la manière de représenter le « progrès », sur les valeurs de la société que l’on veut se donner. « Un indicateur n’est jamais neutre, insiste Florence Jany-Catrice, il intègre d’énormes options idéologiques. Non seulement il formate une vision du monde mais il tend à transformer la réalité : parce qu’il induit des politiques et que les énergies finissent par se concentrer et s’adapter à ces informations chiffrées. » Imaginons ainsi une Europe dotée de critères de convergence sociaux et écologiques : il y a fort à parier qu’elle prendrait une direction différente de celle de Maastricht…

Et qui en décidera ? « Un petit groupe de savants, aussi éclairés soient-ils, peut-il déterminer ce qu’est une « bonne » société et choisir les critères pour qualifier et déterminer ses évolutions ? s’interroge Jean Gadrey. Les outils qui nous ont rendus aveugles ont été produits par des économistes. Pour retrouver la vue, on fait appel presque uniquement… à des économistes. » Et à des hommes : sur les vingt-cinq experts de la commission Stiglitz, deux seulement sont des femmes, l’Américaine Nancy Folbre et l’Indienne Bina Agarwal. La première a travaillé sur l’évaluation… des activités domestiques et de soin !

« Nous ne prétendons pas être légitimes pour faire ce choix, nous ne proposons qu’une boîte à outils. Il n’a jamais été question d’organiser un Grenelle de la mesure, se défend Jean-Paul Fitoussi. A la société d’en débattre ensuite ! Notre pré-rapport est en ligne, libre à chacun d’en prendre connaissance et de faire ses remarques ! » Encore faut-il maîtriser les termes du débat, ultra-technique, et rédigé en anglais. Des commentaires peuvent être envoyés par mail jusqu’au 5 juillet, mais ils ne seront connus que par le secrétariat de la commission. « On est loin du débat ouvert à tous, tel qu’il a été promis », déplorent Dominique Méda et Patrick Viveret, qui ont constitué en 2008 avec Gadrey, Jany-Catrice et d’autres un Forum pour d’autres indicateurs de richesse (FAIR).

Dommage, d’autant qu’une démarche plus ouverte était possible, à l’image de celle choisié par le Conseil économique et social, qui a consulté plusieurs personnalités de la société civile et préconise d’« associer étroite­ment les citoyens aux choix des indicateurs et à l’évaluation de leurs évolutions, via des conférences citoyennes ». Ou de celle élaborée par Florence Jany-Catrice pour le baromètre des inégalités dans le Nord-Pas-de-Calais. « Nous avons mis en place une démarche participative, avec des experts, des fonctionnaires, mais aussi des associations. Tous ont interprété les résultats, débattu des variables et proposé des alternatives. Car l’idée de ces indicateurs est d’en faire un outil de délibération collective. Pour aller « au-delà » du PIB, il faut faire fonctionner la démocratie en relation étroite avec l’expertise. » Entre la méthode des experts de la commission Stiglitz et celle préconisée par le Conseil économique et social, quelle voie le gouvernement choisira-t-il ?

(1) Parmi leurs travaux, citons Au-delà du PIB. Pour une autre mesure de la richesse, Dominique Méda, éd. Flammarion, 2008; Reconsidérer la richesse, Patrick Viveret, éd. de l’Aube, 2002. Les Nouveaux Indicateurs de richesse, Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, éd. La Découverte, 2005.

A lire et à consulter
« Quel progrès faut-il mesurer ? », de Dominique Méda dans la revue Esprit, juin 2009.
« L’Empreinte écologique », d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, éd. La Découverte, 2009, 122 p.
http://www.ces.fr
http://www.stiglitz-sen-fitoussi.fr
Pour en savoir plus sur FAIR :
http://www.idies.org

B&W

Un week-end classique, dépressif ?

Peut-être bien, normal quoi ce qui est pire, peut-être aussi.

Vers une terre en surchauffe ?

Catherine Jeandel

L’article « Trajectoires de l’Anthropocène » paru en août dans la grande revue scientifique PNAS et le rapport du GIEC paru le 8 octobre nous mettent face à nos responsabilités. L’océanographe Catherine Jeandel nous explique le contenu et les enjeux de ces publications.

À propos de « Trajectories of the Earth System in the Anthropocene », article publié en août 2018 par une équipe de 16 chercheurs emmenée par Will Steffen, dans Proceedings of the National Academy of Sciences of the United State of America (PNAS).

Le réchauffement climatique est avéré, les mesures et preuves scientifiques établissent que la température moyenne de la terre a augmenté de 1°C depuis 1850, début du développement intensif de l’industrie basée sur les énergies fossiles. Le rôle des activités humaines dans l’augmentation des rejets de gaz à effet de serre (CO2, CH4, fréons…) et le réchauffement climatique qui en découle est aussi démontré. Les simulations numériques du climat sont construites sur la connaissance cumulée des fonctionnements de l’atmosphère, de la végétation continentale, des glaces et des océans ainsi que des échanges entre ces compartiments de ce que l’on appelle « le système terre ». Ces modèles reproduisent l’évolution de la température moyenne du globe depuis 170 ans de façon satisfaisante.

Il s’agit maintenant de projeter les climats futurs. Pour cela, les scientifiques établissent d’abord des scenarii : allons-nous continuer de dépendre à 80% des énergies fossiles ? ou serons-nous capables de changer de mode de consommation, transport, agriculture, source d’énergie…afin de réduire les émissions de CO2, voire d’en soustraire à l’atmosphère et de limiter le réchauffement sous un seuil « raisonnable « ?  Ces scénarii sont convertis en émissions de CO2, et permettent, sur la base des modèles établis, de projeter des températures pour la fin de ce siècle, soit dans 80 ans seulement. Sous l’hypothèse d’un système terre qui continue à fonctionner comme il le fait depuis 10000 ans, soit la mise en place du climat actuel -même si récemment perturbé-, l’augmentation de température prévue par les modèles pourrait atteindre 4° à 6°C en 2100 si on ne change rien à nos modes de vie. En 2015, l’objectif de la Conférence des Parties (COP21) qui s’est tenue à Paris était de mettre en commun les engagements des différents pays pour lutter contre le réchauffement climatique afin que la température moyenne du globe n’excède pas de 2°C de plus en 2050 qu’en 18501.

Cependant, une des difficultés majeures que les modèles climatiques actuels ne savent pas prendre en compte sont ce qu’on appelle les « non-linéarités » et les « points de rupture » ou de « basculement ». En effet, les échanges d’eau, de gaz et d’énergie entre terre mer, glace et air qui déterminent le climat de la terre sont le siège d’actions et rétroactions qui se croisent, se nouent et se dénouent, rendant leur représentation dans les modèles classiques quasi-impossible. Ce sont les « non linéarités ». En d’autres termes, le système Terre est un système « complexe », complexité qui a un sens mathématique. En dehors de tout stress astronomique, ces rétroactions peuvent se conjuguer pour changer les conditions environnementales de la planète vers des périodes plus chaudes ou plus fraiches… à l’échelle décennale, centennale voire sur plusieurs siècles. Par exemple, le climat que nous connaissons est stable depuis la fin du « Dernier Maximum Glaciaire ». Cependant, cette stabilité a subi quelques variations faibles telles que l’optimum médiéval (aux températures en moyenne à peine plus chaudes, soit de l’ordre du demi degré et localisé sur l’Europe essentiellement) ou le « petit âge glaciaire » (maximal sous Louis XIV, la cour du roi Soleil se gelait les pieds !). Plus loin dans les temps géologiques, le climat a plus fortement varié en réponse à la position de la terre par rapport au soleil, conduisant à des périodes glaciaires suivies d’interglaciaires, à un rythme de 100000 ans environ. Cependant, les rétroactions diverses entre des compartiments de la planète alors non perturbés par l’homme ont conduit le « système terre » à passer d’états d’équilibres froid à d’autres états d’équilibres plus chauds, en réponse à l’évolution des conditions astronomiques.

Stressée par l’activité humaine, la Terre est –elle encore capable de réagir au réchauffement climatique enclenché depuis bientôt 2 siècles, et de se stabiliser dans un été un peu plus chaud qu’aujourd’hui (et bien plus chaud qu’à l’optimum médiéval) mais un état tout de même à peu près stabilisé ?

C’est la question que se sont posés Will Steffen et ses collaborateurs, scientifiques de premier plan et spécialistes des sciences du système Terre2. Et leurs travaux mettent une rude secousse dans les projections climatiques futures …et ne portent pas à l’optimisme !

Pour rendre compte des non linéarités, ce groupe de chercheurs a utilisé des méthodes de mathématiques appliquées adaptées à la simulation des systèmes complexes. Ces techniques de modélisation permettent de tenir compte des tenseurs et des rétroactions non linéaires qui caractérisent la dynamique du « système Terre ». Forts d’une compilation bibliographique de presque 90 articles et équipés de ces modèles, les auteurs démontrent que les dégradations de l’environnement induites par l’activité humaine ont altéré la capacité de la Terre à se rééquilibrer, et ce du fait d’une série de rétroactions non linéaires. Ces perturbations sont par exemple la transformation de 51% du couvert forestier et de prairies en zones bétonnées ou la transformation des forêts tropicales en savane ou encore la fonte de la banquise qui libère une surface d’eau sombre et amplifie le phénomène de « corps noir » dans les eaux arctiques…Elles jouent modifiant la capacité de la Terre à absorber du CO2 (déforestation ou agriculture intensive faisant passer un territoire de puits à source de carbone) ou à réfléchir le rayonnement solaire (albedo) ce qui amplifie la tendance de la Terre se réchauffer ce que l’on appelle des rétroactions positives. On peut dire que la planète, perturbée, est en train de perdre des compétences lui permettant d’absorber une fraction du CO2 en excès émis par les activités humaines, de même qu’à réguler l’effet du rayonnement solaire. Depuis 1850 le « système Terre » serait ainsi déjà sorti du cycle cadencé « glaciaire-interglaciaire » pour prendre une trajectoire plus chaude, celle que l’on mesure aujourd’hui.

Steffen et ses collaborateurs chercheurs développent alors deux avenirs possibles, illustrées par la Figure 1 ci-dessous (d’après Steffen et al., 2018) :

Figure 1 – Représentation des trajectoires possibles du système Terre dans l’Anthropocène
  1. Soit l’humanité maintient un rythme effréné de consommation en brûlant des énergies fossiles, et plusieurs de ces seuils seront franchis de façon irréversible, entraînant de façon incontrôlable le « système Terre » vers une situation de « surchauffe » dont elle mettrait plusieurs centaines de milliers d’années à s’extraire. C’est que les auteurs appellent « la maison étuve» (hot house) : bloquée sous une température élevée, l’humanité subirait alors des effets sur la santé, l’économie, l’agriculture avec des populations entières contraintes de migrer, entraînant de fortes déstabilisations politiques. Cette « serre » beaucoup trop chaude aurait des conséquences dramatiques. Les auteurs puisent dans la préhistoire pour illustrer les réactions des populations humaines lors d’épisodes de sécheresse marqués : les migrations massives induites ne se heurtaient alors pas aux frontières…la messe est dite.
  2. Soit l’humanité réagit assez vite et gère la « Terre nourricière » avec intelligence en connaissance des dangers ci-dessus : sous condition de ne pas dépasser le seuil de 2°C par rapport à 1850, elle se donnera alors encore la possibilité de trouver un équilibre, soit une Terre « un peu plus chaude » (que les auteurs baptisent « super-holocène » ou la maison « stabilisée ») mais qui resterait habitable. Éviter une catastrophe humanitaire à l’échelle planétaire est donc encore possible, les pistes sont : réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, piéger du CO2 déjà émis, éventuellement avoir recours à des techniques permettant d’atténuer les effets du réchauffement : la plus simple étant de reboiser des sols – au risque, selon les auteurs, de créer un conflit avec les terres arables – mais ceux qu’on appelle les « géo-ingénieurs » ont des idées beaucoup plus délirantes (comme ensemencer les nuages de poussières sulfatées) dont les effets sont imprévisibles aujourd’hui.

Ce lundi 8 octobre, la publication des conclusions du groupe de travail du GIEC (ici) mandaté depuis les accords de Paris pour trouver les scenarii permettant de rester sous le seuil des 1,5°C renforce les conclusions de Steffen et ses collègues. Sur la base de plus de 6000 articles disséqués, l’alerte émise par les chercheurs du GIEC est particulièrement glaçante : si on ne réagit pas, on ne contrôlera plus rien. Ce rapport fait même presque passer l’article la position de Steffen et al. pour trop optimiste : existe-t-il vraiment une « maison chaude » à +1,5 ou +2° qui soit stable et sans graves conséquences sur l’habitabilité de la planète ? Dès + 1,5° ce sont les 4/5e des récifs coralliens de la planète qui disparaissent et à +2°, ce sont 99 %. Or, les récifs coralliens ne sont pas là que pour émerveiller les plongeurs…ils sont avant tout à la base d’un écosystème primordial et vital pour toute la population humaine vivant dans la zone intertropicale. En ce qui concerne le niveau de la mer, celui-ci est déjà monté de 17 cm au 20eme siècle, processus en accélération depuis le début du 21eme siècle et que les prévisions voient s’emballer à moyen terme, 2050 n’étant que dans une petite trentaine d’années.

Où en est-on 28 ans après le premier rapport du GIEC montrant l’existence d’un réchauffement climatique d’origine humaine et trois ans après la COP21 ? Malgré l’optimisme et l’engouement médiatique générés en 2015 par l’accord de Paris, le fait est que les émissions des gaz à effet de serre ont augmenté en 2016 et 2017. Engluées dans des logiciels économiques et industriels dopés au pétrole et avec pour seule doxa la « croissance », les politiques publiques sont dans une impasse que ce soit en France, en Europe ou à l’international… alors que les réfugiés climatiques sont de plus en plus nombreux, les migrations ont commencé, générant des réactions qui ébranlent les fondements des démocraties. Économistes et climatologues sont inquiets, et les citoyens ont lieu de l’être aussi si les seules solutions qui leur sont proposées sont technologiques faute d’avoir su à temps réduire les émissions… Nous sommes en face de nos responsabilités, sachons les assumer, tant qu’il est encore temps.


1 A noter que les engagements pris par les 196 pays qui ont signé l’accord de Paris en 2015 ne permettraient de limiter cette augmentation qu’à 3,5°C… Pas découragés par cette frilosité, un certain nombre de pays particulièrement fragiles ont depuis commandé un rapport spécial aux experts du GIEC : serait-il possible et sous quelles conditions limiter le réchauffement à 1,5°C? Leur rapport a été rendu public le 8 octobre : s’il considère que cette limite peut encore être atteinte sur des considérations physiques et chimiques, il ne nie pas que les efforts des sociétés devront être considérables.

2 Mentionnons simplement deux d’entre eux : Will Steffen est un chimiste d’origine américaine. Il a été le directeur exécutif du programme international IGBP (soit Programme International sur la Géosphère-Biosphère) entre 1998 et 2004. Il est maintenant professeur émérite de l’Institut dur le changement climatique à l’Université Australienne Nationale (ANU). Hans Joachim Schellnhuber a été le fondateur et directeur d’un des principaux centre de recherche et modélisation sur le climat au monde, le Potsdam-Institut für Klimafolgenforschung.