The Uninhabitable Earth, Annotated Edition

The facts, research, and science behind the climate-change article that explored our planet’s worst-case scenarios.

By David Wallace-Wells

nymag.com/daily/intelligencer/2017/07/climate-change-earth-too-hot-for-humans-annotated.html

http://aid97400.lautre.net/IMG/pdf/La_Terre_Inhabitable.pdf

La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut

D’ici la fin du siècle, les mois les plus froids dans la zone tropicale en Amérique du Sud, Afrique et dans le Pacifique seront vraisemblablement plus chauds que les mois les plus chauds de la fin du XXème Siècle. Nos poumons ont besoin d’oxygène, mais ce n’est là qu’une fraction de ce que nous inspirons. La partie oxyde de carbone augmente. Elle vient de dépasser 400 particules par million, et calculées à partir des conditions actuelles, les estimations hautes sont que nous atteindrons 1000 particules par millions d’ici 2100. A cette concentration,comparées avec l’air que nous respirons aujourd’hui, les capacités cognitives humaines diminuent de 21%. Dans un air plus chaud, d’autres substances sont encore plus effrayantes, de petites augmentations de la pollution peuvent amener une diminution de l’espérance de vie de 10 ans. Plus la planète se réchauffe, plus il y a d’ozone, et selon le Centre National de Recherche Atmosphérique, d’ici le milieu du siècle, les Américains subiront probablement une augmentation de 70% de smog dû à l’ozone, nocif pour la santé. D’ici 2090, à l’échelle mondiale, jusqu’à 2 milliards de personnes respireront un air au-dessus des normes “de sécurité” fixées par l’Organisation Mondiale de la Santé; le mois dernier, une publication a démontré que, parmi d’autres effets, l’exposition d’une femme enceinte à l’ozone augmente les risques que l’enfant soit autiste (combiné à d’autres facteurs environnementaux, le risque est multiplié par 10). Ce qui, bien sûr ne peut manquer de vous faire penser à l’épidémie d’autisme que subit la région d’Hollywood Ouest. Déjà, aujourd’hui, chaque jour plus de 10 000 personnes meurent de l’ingestion de petites particules émises par la combustion des énergies fossiles; chaque année, 339 000 personnes meurent suite aux feux de forêt, partiellement parce que le changement climatique a rallongé les périodes à risque de feux de forêt (aux Etats Unis cet allongement est de 78 jours depuis 1970). D’ici 2050, selon le Service des Forêts Américain les feux de forêt seront deux fois plus destructeurs qu’ils ne le sont aujourd’hui; (https://www.usda.gov/oce/climate_change/effects_2012/FS_Climate1114%20opt.pdf) dans certaines régions, les surfaces incendiées seront multipliées par 5. Ce qui inquiète plus est l’effet que cela aura sur les émissions, particulièrement lorsque ces incendies ravagent les forêts de tourbières. En 1997, en Indonésie, par exemple, les feux de tourbière ont augmenté le niveau mondial d’émissions de CO2 de 40%, et plus de feux veut dire plus de chaleur, qui veut dire plus de feux. Il y a aussi la terrifiante possibilité que les forêts tropicales comme celles de l’Amazonie, qui en 2010 a subi sa deuxième “sécheresse du siècle” en l’espace de 5 ans, puisse atteindre un tel degré de sécheresse qu’elle devienne sujette à cette sorte de feux de forêts permanents et destructeurs – ce qui non seulement serait source d’énormes quantités de carbone dans l’atmosphère mais diminuerait la taille de la forêt. Ce qui serait d’autant plus négatif que la seule Amazonie fournit 20% de notre oxygène La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 12 Et puis il y a les formes plus habituelles de pollution. En 2013, la fonte de la glace Arctique à transformé les schémas météorologiques asiatiques, privant la Chine de ses systèmes naturels de vents sur lesquels elle en était arrivée à compter, ce qui eût pour conséquence de recouvrir la majeure partie du Nord du pays d’une couverture de smog irrespirable. Littéralement et réellement irrespirable ! Un système de mesure appelé Indice de Qualité de l’Air a classé les risques et les fait culminer aux niveaux 301 à 350, niveaux conduisant “à une sérieuse aggravation des maladies du coeur ou des poumons et à des décès prématurés chez les personnes souffrant d’affections cardiopulmonaires et les personnes âgées”; à ces niveaux “tout le monde doit éviter toute activité de plein air”. L’ ”airpocalypse” de 2013 en Chine a culminé à un niveau de l’Indice de Qualité de l’Air de plus de 800. Cette année-là, un tiers de tous les décès du pays ont été dus au smog. VI-Un état de guerre permanent C’est dans la chaleur que s’incruste la violence Les climatologues sont extrêmement prudents quand ils parlent de la Syrie Ils tiennent à vous faire savoir que certes, le changement climatique a été à l’origine d’une sécheresse qui a contribué à l’éclatement de la guerre civile, mais il n’est pas tout à fait juste de dire que le conflit serait le résultat du réchauffement climatique ; son voisin le Liban par exemple a connu la même pénurie de récoltes. Mais les chercheurs comme Marshall Burke et Solomon Hsiang ont réussi à quantifier en partie la relation non immédiatement évidente entre température et violence : pour chaque demi degré de réchauffement, disent-ils, les sociétés verront une augmentation de 10 et 20 % de risques de conflits armés ; r ien n’est simple, mais les chiffres sont accablants : une planète de 5° de plus augmenterait le nombre de guerres de moitié plus. Tout bien considéré, les conflits sociaux pourraient faire plus que doubler au cours de ce siècle. Voilà une des raisons pour lesquelles, chaque expert climatique auquel j’ai parlé a souligné que l’armée américaine est obsédée par le changement climatique : la disparition sous les eaux des bases navales américaines à cause de la montée des océans est déjà un problème, mais être le policier du monde devient quand même plus difficile quand le taux de criminalité double.Bien sûr, il ne s’agit pas seulement de la Syrie où le climat aurait contribué au conflit. Certains avancent l’hypothèse que le nombre de querelles au Moyen Orient lors de la génération précédente reflète directement le niveau de pression dû au réchauffement climatique – une hypothèse d’autant plus cruelle que le réchauffement climatique a commencé à accélérer justement quand le monde industrialisé a commencé à extraire et brûler le pétrole de ces régions. La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 13 Qu’est ce qui fait le lien entre climat et conflits ? Une partie de la relation se trouve dans l’agriculture et la situation économique; mais cela a beaucoup à voir avec les migrations forcées, déjà actuellement à un niveau record, avec au moins 65 millions de personnes déplacées errant sur la planète. Mais il y a aussi le simple niveau d’irritabilité individuelle. La chaleur augmente le taux de crimes localement, la quantité d’insultes échangées sur les réseaux sociaux, et le risque qu’un lanceur de première division, dans un esprit de vengeance, monte au créneau suite à un lancer qui aurait frappé un de ses co-équipiers et cogne le batteur de l’équipe opposée. Et l’arrivée de l’air conditionné dans le monde développé, au milieu du siècle dernier, n’a eu que peu d’effet pour résoudre la question des vagues estivales de criminalité. VII. Un Effondrement Economique permanentCapitalisme lamentable dans un monde appauvri de 50%Le mantra lancinant du néolibéralisme mondial, celui qui dominait entre la fin de la Guerre Froide et le début de la Grande Récession, est que la croissance économique nous sauverait de tout et n’importe quoi. Mais au lendemain de la crise financière de 2008, un nombre croissant d’historiens étudiant ce qu’ils appellent “ le capitalisme fossilisé” ont commencé de suggérer que toute l’histoire de la croissance économique rapide, qui a commencé quelque peu soudainement au 18ème siècle, n’est pas le résultat de l’innovation, du commerce ou de la dynamique du capitalisme mondial, mais simplement le résultat de notre découverte des combustibles fossiles avec leur pouvoir brut – une injection unidose d’une “nouvelle” valeur dans un système qui précédemment était caractérisé par le minimum vital mondial. Avant les énergies fossiles, personne ne vivait mieux que ses parents, ses grands- parents, ou ses ancêtres 500 ans plus tôt, excepté juste après de grandes épidémies telle la Peste Noire qui permettaient aux heureux survivants d’engloutir les ressources libérées par les charniers. Quand nous aurons brûlé tous les combustibles fossiles, ces universitaires estiment que, peut-être nous retournerons vers un “état d’équilibre” de l’économie mondiale. Bien sûr cette injection unique a eu à long terme un coût dévastateur le changement climatique La recherche la plus passionnante sur l’économie du réchauffement climatique vient de Hsiang et ses collègues, qui ne sont pas des historiens du capitalisme fossilisé mais proposent une analyse assez sombre qui leur est personnelle : chaque hausse d’un degré Celsius coûte en moyenne 1,2 point de PIB ( un chiffre énorme, si on considère que chiffrer le PIB en unités faibles est considéré comme un PIB “fort”). C’est un travail remarquable dans le domaine, et leur projection médiane prévoit une perte de 23% dans les gains mondiaux per capita d’ici la fin de ce siècle ( provenant La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 14 de bouleversements en agriculture, crimes, tempêtes, énergie, mortalité et conditions de travail). Tracer une esquisse de la courbe de probabilité est encore plus effrayant : il y a 12% de chances pour que le changement climatique réduise la production mondiale de plus de 50% d’ici 2100, disent-ils, et 51% de chances qu’il diminue le PIB per capita de 20% ou plus d’ici là, à moins que les émissions ne baissent. En comparaison, la Grande Récession fit baisser le PIB per Capita de 6 %, en un choc unique; Hsiang et ses collègues estiment qu’il y a une chance sur huit qu’il y ait un effet irréversible et continu 8 fois pires d’ici la fin du siècle. L’échelle de ce désastre économique est difficile à appréhender, mais vous pouvez commencer par imaginer à quoi ressemblerait le monde aujourd’hui avec une économie diminuée de moitié, qui produirait moitié moins de valeur, générant moitié moins à offrir aux travailleurs du monde. Cela rend l’atterrissage forcé des avions à Phoenix, frappé de canicule le mois dernier, comme un pathétique menu fretin. Et entre autre cela fait paraître toute idée de retarder l’action gouvernementale pour réduire les émissions et ne compter que sur la croissance et la technologie pour résoudre le problème comme un calcul absurde. Gardez bien à l’esprit que chaque vol A/R, New York – Londres coûte à l’Arctique 3 mètres carrés de glace supplémentaires. VIII. Des Océans EmpoisonnésLes borborygmes sulfureux de la Côte des Squelettes. Que la mer puisse devenir une tueuse, c’est un constat. Excepté si il y a une réduction drastique des émissions, nous connaîtrons une hausse du niveau de la mer d’au moins 4 pieds (1,22 m), mais possiblement 10 (3,05 m) d’ici la fin du siècle. Un tiers des villes principales du monde sont sur la zone côtière, sans oublier les centrales électriques, les ports, les bases navales, les terres agricoles, les pêcheries, les deltas des rivières, les zones marécageuses et les empires rizicoles; et même celles qui sont situées à des altitudes de plus de 10 pieds seront inondées bien plus facilement, et bien plus régulièrement si les eaux atteignent ce niveau. Au moins 600 millions de personnes vivent à une altitude de 10 mètres et moins par rapport au niveau actuel de la mer.Mais la disparition sous les eaux de ces habitats n’est qu’un début. Actuellement, plus d’un tiers du carbone mondial est aspiré par les océans – Dieu merci, car sinon cela s’ajouterait au réchauffement actuel. Mais le résultat en est ce qu’on appelle “acidification des océans”, ce qui, par soi même, pourrait ajouter un demi degré au réchauffement de ce siècle. Il est aussi perceptible dans le degré de réchauffement des bassins d’eau de la planète. – sans doute vous souvenez-vous que ce sont là les lieux de l’apparition première de la vie. Vous avez probablement entendu parler du “blanchiment du corail” – cela veut dire du corail qui meurt – ce qui est une très mauvaise nouvelle, parce que les récifs abritent un quart de la vie marine et fournissent la nourriture d’un demi milliard de personnes. L’acidification des océans va aussi impacter directement les populations de poissons, même si les scientifiques La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 15 ne peuvent pas encore prédire les effets que cela aura sur les trucs que nous sortons des océans pour les manger; mais ce qu’ils savent, c’est que dans des eaux acidifiées, les huîtres et les moules devront batailler pour former leurs coquilles, et que quand le PH du sang humain baisse autant que le PH des océans a baissé au cours de la dernière génération, cela induit des attaques, comas et mort subite.Mais ce ne sont pas là les seules conséquences de l’acidification des océans. L’absorption de carbone peut initier une boucle de réaction. Les eaux insuffisamment oxygénées font prospérer différentes espèces de microbes qui changent une eau toujours plus “anoxique” en “zones mortes” d’abord des profondeurs, puis qui progressivement remontent vers la surface. Là, les petits poissons meurent, incapables de respirer, ce qui fait prospérer les bactéries mangeuses d’oxygène, et la boucle de rétroaction recommence son cycle. Ce processus dans lequel les zones mortes se métastasent tels des cancers, étouffant toute vie marine, anéantissant les pêcheries, est déjà bien entamé dans certaines zones du Golfe du Mexique et au large de la Namibie, là où le sulfure d’hydrogène sort de l’eau en bouillonnant le long d’une bande côtière de 1000 miles connue sous le nom de “Côte des Squelettes”.A l’origine, ce nom est venu des déchets de l’industrie baleinière, mais aujourd’hui il est plus justifié que jamais. Le sulfure d’hydrogène est si toxique que la chaîne de l’évolution nous a entraînés à en déceler les plus minuscules traces, celles acceptables, c’est pour cela que nos nez délicats sont si sensibles aux flatulences. C’est aussi le sulfure d’hydrogène qui nous a finalement fait arriver sur terre cette fois où 97% de toute vie a disparu de la Terre, une fois que la boucle de rétroaction a été amorcée et que les courants circulaires des océans réchauffés se sont immobilisés – C’est là le gaz préféré de la planète pour un holocauste naturel. Petit à petit les zones mortes des océans se sont étendues, tuant les espèces marines qui avaient dominé les océans pendant des millions d’années, et le gaz inerte que les eaux ont relâché dans l’atmosphère ont tout empoisonné sur la terre. Y compris les plantes. Il a fallu des millions d’années pour que les océans guérissent IX. Le Grand Filtre Notre sinistrose actuelle ne peut pas durer. Alors pourquoi est-ce qu’on ne peut pas s’en apercevoir ? Dans son récent essai de la taille d’un livre, The Great Derangement,(https://www.amazon.com/Great-Derangement-Climate-Unthinkable-Lectures/dp/022632303X), le romancier Indien Amitav Ghosh se demande pourquoi le réchauffement climatique et les désastres naturels ne sont pas devenus des sujets majeurs de romans contemporains – pourquoi sommes-nous incapables d’imaginer les catastrophes climatiques, et pourquoi n’avons-nous pas déjà une avalanche de romans de genre, celui qu’il peut déjà imaginer dans une semi-existence et qu’il appelle “ Troublant Environnement”. Considérons par exemple les histoires qui se concentrent autour de questions La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 16 comme , « Où étiez-vous lors de la chute du mur de Berlin ? » ou « Où étiez-vous le 11 Septembre ? » écrit-il. Et il se demande si de façon identique on ne pourrait pas un jour demander « Où étiez-vous quand on en était à 400 particules par million » ou « Où étiez-vous quand la barrière glacière Larsen B s’est désintégrée? » Et sa réponse est : probablement pas, parce que les dilemmes et drames du changement climatique sont tout à fait incompatibles avec le genre d’histoires que nous nous racontons à notre sujet, particulièrement dans les romans, qui ont tendance à souligner le voyage introspectif plutôt que les miasmes toxiques de la destinée sociale. C’est évident, cet aveuglement ne durera pas – le monde dans lequel nous nous préparons à vivre ne nous y autorisera pas. Dans un monde à 6 degrés de plus les écosystèmes terrestres se mettront à bouillonner de tant de désastres naturels que nous commencerons simplement à les nommer « le temps » : un essaim permanent d’ouragans incontrôlables, des tornades, inondations, sécheresses, une planète régulièrement assaillie d’événements climatiques tels ceux qui, il n’y a pas si longtemps, ont détruit des civilisations entières. Les ouragans les plus puissants se produiront plus régulièrement, et nous devrons inventer de nouvelles catégories pour pouvoir les décrire ; les tornades dureront plus longtemps et seront plus importantes, elles frapperont bien plus souvent, quand aux chutes de pierres, elles quadrupleront en taille. Pour prophétiser l’avenir, les humains ont pris l’habitude d’observer le climat ; pour aller de l’avant nous verrons dans sa colère une vengeance du passé. Les premiers naturalistes parlaient souvent du « temps profond » – c’est la perception qu’ils en avaient, lorsqu’ils considéraient la grandeur de telle vallée, ou de tel bassin rocheux, ou encore la prodigieuse lenteur de la nature. Ce qui nous attend est plus vraisemblablement ce que les anthropologistes de l’époque Victorienne identifiaient comme « le temps du rêve », ou « l’éternel présent» : la semi mythique expérience décrite par les Aborigènes d’Australie qui consiste à retrouver dans l’instant présent un passé hors du temps, un temps où les ancêtres, les héros, et les demi-dieux étaient foultitude sur une scène légendaire. On peut déjà voir ça dans la séquence d’un iceberg qui s’effondre dans l’océan – le sentiment de voir l’histoire arriver d’un coup. Et c’est bien cela. Beaucoup de gens considèrent le changement climatique comme une sorte de dette morale et économique que nous aurions accumulée depuis le début de la Révolution Industrielle et qui doit maintenant, au bout de plusieurs siècles, être payée – une perspective utile, dans un sens, puisque ce sont les processus de la combustion du carbone commencés dans l’Angleterre du 18 ème Siècle qui ont été le fusible déclencheur de tout ce qui a suivi. Mais plus de la moitié du carbone qui a été exhalée dans l’atmosphère par l’humanité dans toute son histoire, a été émise durant ces toutes dernières 3 décennies ; depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les chiffres sont de 85%. Ce qui veut dire que durant le laps de temps d’une seule génération, le réchauffement mondial nous a amenés au La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 17 bord du précipice d’une catastrophe planétaire, et cela veut dire aussi que l’histoire de la mission kamikaze du monde industriel est aussi l’histoire du cours d »une seule vie Celle de mon père par exemple : né en 1938, parmi ses premiers souvenirs il y a Pearl Harbour et les films de propagande de la mythique Air Force qui s’en sont suivis, films qui ont doublé les publicités pour la puissance industrielle de l’Amérique impérialiste ; et parmi ses derniers souvenirs la couverture médiatique de la signature désespérée des accords de Paris sur le climat, 10 semaines avant qu’il ne soit emporté par un cancer du poumon en Juillet de l’an dernier. Ou celle de ma mère née en 1945, d’une famille juive allemande qui fuyait les cheminées qui firent brûler sa famille, et qui maintenant profite de sa 72 ème année dans une Amérique vrai paradis consumériste, un paradis soutenu par les chaînes commerciales d’un monde industrialisé en plein développement. Pendant 57 de ces années elle a fumé, sans filtre . Ou encore celle des scientifiques. Certains des hommes qui ont été les premiers à identifier un changement dans le climat sont encore vivants ( étant donnée la génération concernée, ceux qui sont devenus célèbres étaient des hommes) ; certains d’entre eux sont même encore en activité. Wally Broeker 84 ans continue de se rendre en voiture à son travail à l’Observatoire de la Terre de Lamont-Doherty (Université de Columbia), traversant l’Hudson depuis le Upper West Side (New York City). Comme beaucoup de ceux qui ont été les premiers à lancer l’alerte, il est convaincu qu’une réduction des émissions seule, quelle qu’elle soit, ne peut permettre d’éviter le désastre de façon significative. A l’opposé il met toute sa conviction dans la capture du carbone – une technologie encore non tentée, pour extraire le dioxyde de carbone de l’atmosphère, qui coûterait au moins plusieurs milliers de milliards de dollars, selon Broeker – et différentes formes de « géo-ingénierie », nom fourre-tout pour une variété de technologies ambitieuses de derrière les fagots tellement tirées par les cheveux que de nombreux spécialistes scientifiques du climat préfèrent les considérer comme des rêves pour ne pas dire des cauchemars dignes de la science-fiction. Il s’intéresse particulièrement à ce qu’on appelle l’approche par dispersion d’aérosols – disperser tellement de dioxyde de soufre dans l’atmosphère que lorsqu’il se transforme en acide sulfurique, cela forme un nuage sur 1/5 ème de l’horizon et réfracte 2% des rayons du soleil, achetant pour la planète un petit créneau exempt de chaleur pour souffler. « Bien sûr, cela nous donnerait des couchers de soleil extrêmement rouges, délaverait le ciel, fabriquerait plus de pluies acides » dit-il « mais il vous faut prendre en compte l’ampleur du problème. Vous devez faire gaffe à ne pas dire que le méga problème ne devrait pas être résolu sous prétexte que les solutions engendrent de plus petits problèmes. » Il m’a précisé qu’il ne serait pas là pour voir ça. « Mais cela sera de votre temps …… » La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 18 Jim Hansen est un autre membre de cette génération de précurseurs. Né en 1941 ; il est devenu climatologue a l’Université d’Iowa, développant le « Modèle Zéro », modèle révolutionnaire pour se projeter dans le changement climatique, il devint plus tard le chef de l’unité de recherche climatique de la NASA, il dût en démissionner sous la pression, quand, alors qu’il était encore au service de l’état, il poursuivit le Gouvernement Fédéral en justice pour son inaction face au changement climatique ( ses positions lui valurent aussi plusieurs arrestations lors de manifestations) Cette action en justice est portée par un collectif appelé La Confiance de nos Enfants et est souvent décrite comme « les gamins contre le changement climatique », elle est fondée sur la clause de protection égale, ce qui signifie que le Gouvernement, en ne prenant pas d’action contre le réchauffement climatique, viole cette clause en imposant des coûts faramineux aux générations futures ; c’est cet hiver, au Tribunal Fédral du District de l’Orégon, que se tiendra le procès . Récemment Hansen a abandonné toute idée de résoudre le problème du changement climatique par la seule taxe carbone, ce qui avait eu sa préférence jusqu’alors, et il a entrepris de calculer le coût total de toutes les mesures additionnelles qui seraient nécessaires pour extraire de l’atmosphère tout le carbone. Document connexe Climate Scientist James Hansen: ‘The Planet Could Become Ungovernable’ (http://nymag.com/daily/intelligencer/2017/07/scientist-jim-hansen-the-planet-could-become-ungovernable.html) Hansen commença sa carrière par l’étude de Vénus ; qui il y a fort longtemps était une planète assez similaire à la Terre, possédant beaucoup d’eau source de vie, avant qu’un emballement du changement climatique ne la transforme rapidement en une sphère aride et inhabitable entourée d’un gaz irrespirable; à l’âge de 30 ans, il se tourna vers l’étude de notre planète, se demandant pourquoi il devrait scruter le système solaire pour observer de rapides changements environnementaux quand il pouvait étudier le phénomène autour de lui, sur la planète où il vivait.  » Quand nous avons écrit notre premier article sur le sujet, en 1981″, me raconta-t-il, « je me rappelle avoir dit à un de mes co-auteurs  » Voilà quelque chose qui va être vraiment intéressant. A un moment quelconque de nos carrières, nous allons voir ces choses là commencer à se produire.  » Plusieurs des scientifiques à qui j’ai parlé ont proposé de résoudre le célèbre paradoxe de Fermi par le réchauffement mondial, ce paradoxe qui pose la question : si l’univers est si vaste, alors pourquoi n’y avons-nous rencontré aucune autre forme d’intelligence ? La réponse, suggèrent-ils, est que le cycle naturel d’une civilisation pourrait n’être que de quelques milliers d’années, et le cycle de vie d’une civilisation industrielle seulement de quelques centaines d’années. Dans un univers vieux de plusieurs milliards d’années, avec des systèmes stellaires séparés les uns des autres La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 19 tant par le temps que par la distance, des civilisations peuvent naître et se développer pour se consumer, à un rythme tout simplement trop rapide pour qu’elles puissent se rencontrer. Peter Ward, un paléontologue charismatique, parmi ceux qui sont à l’origine de la découverte du rôle des gaz à effets de serre à l’origine des extinctions de masse sur la planète, appelle cela le « Grand Filtre » : « les Civilisations se développent mais il y a un filtre environnemental qui les condamne à décliner de nouveau et à disparaître assez rapidement », m’a-t-il expliqué, « si vous prenez le cas de la planète Terre, c’est ce filtre qui a joué son rôle dans les extinctions de masse passées. » L’extinction de masse actuelle, qui est celle que nous vivons, vient juste de commencer, et il y a tellement plus de morts à prévoir. Et cependant, en toute improbabilité, Ward est optimiste. De même que Broeker, Hansen et beaucoup des scientifiques que j’ai rencontrés. Nous n’avons pas élaboré une philosophie consolatrice qui donnerait un sens au changement climatique, ou qui nous donnerait un but, face à une annihilation possible. Mais les climatologues ont une étrange foi : Nous trouverons un moyen pour mettre le réchauffement radical en échec, nous n’avons pas le choix. Il est difficile de savoir jusqu’à quel point nous devons être rassurés par cette lugubre certitude, et si ce n’est là qu’une autre forme d’illusion ; pour utiliser le réchauffement climatique comme un sujet de parabole, il faudrait, bien sûr, que quelqu’un y survive pour pouvoir raconter l’histoire. Les scientifiques n’ignorent pas que pour respecter les objectifs de Paris, d’ici 2050, à chaque décennie nous devons diminuer de moitié les émissions carbones de l’énergie et de l’industrie, alors que celles-ci ne cessent de croître. ; les émissions dues à l’utilisation de la terre (déforestation, flatulence des vaches etc.) doivent être ramenées au niveau zéro ; et nous devrons avoir inventé des technologies pour extraire, annuellement, deux fois plus de carbone de l’atmosphère que ne le font toutes les usines planétaires aujourd’hui. Néanmoins, de façon générale, les scientifiques ont une énorme confiance dans l’ingéniosité humaine- une confiance peut être renforcée par leur intérêt dans le changement climatique, qui, après tout est aussi une invention humaine. Ils signalent le projet Apollo, font remarquer le trou dans la couche d’ozone que nous avons réussi à réparer dans les années 80, la disparition de la crainte de la destruction mutuelle garantie. Maintenant que nous avons trouvé un moyen pour organiser notre propre apocalypse, nous trouverons certainement un moyen pour en sortir, d’une façon ou d’une autre. La planète n’a pas l’habitude d’être provoquée de cette façon, et les systèmes climatiques qui sont prévus pour nous donner des enseignements sur des siècles et même des millénaires nous empêchent – même pour ceux qui observent de très près – d’imaginer la totalité des dégâts déjà infligés à la planète. Mais si nous regardons avec sincérité le monde que nous avons fabriqué, disent-ils, nous La Terre Inhabitable David Wallace-Wells, traduction de Jocelyne Le Boulicaut Page 20 trouverons aussi un moyen de le rendre vivable. Pour eux, une autre alternative est tout simplement inconcevable.*Cet article est paru dans le New York Magazine du 10 Juillet 2017.*Cet article a été mis à jour pour remettre en contexte les rapports révisionnels récents des données satellites, pour refléter de façon plus exacte le taux de réchauffement pendant le Maximum Thermique Paléocene-Eocène, pour clarifier la référence au livre de Peter Brannen « The Ends of the World » et pour bien préciser que James Hansen soutient toujours une approche par taxe carbone pour lutter contre les émissions.Autre document connexe :La Terre Inhabitable Edition annotée (http://nymag.com/daily/intelligencer/2017/07/climate-change-earth-too-hot-for-humans-annotated.html )

Soutenance écrite

Formations Bio Sainte Marthe : Formation Maraîcher Bio indépendant en microferme

module 2

Ferme formatrice : chez Nathalie Carre, O’bio Jardin

La Brande 36400 Saint Christophe en Boucherie, du 16/09/2019 au 15/11/2019 Coordinateurs pédagogiques : Hervé Valoteau, Didier Hoeffelin

1.        Connaissance du sol 3

1.1      Environnement (observation) 3

a)…… Ensoleillement 3

b)…… Vents dominants – Reliefs – Pluviométrie – Faune – Flore. 3

c)…… Conception des espaces. 3

d)…… Texture et structure du sol 3

e)…… Plantes bio-indicatrices du lieu.. 3

1.2.     Supports de cultures et amendements. 4

a)…… Préparation type et périodes. 4

b)…… Amendements. 4

c)…… Normes d’hygiène et sanitaires concernant les amendements. 5

2.        Techniques d’agriculture Vivrière. 6

2.1. Organisation du lieu de production. 6

a)…… Infrastructure minimum.. 6

b)…… Organisation des jardins. 6

c)…… Consommables nécessaires à la production de légumes. 8

2.2. Planifications des cultures. 8

a)…… Variétés adaptées au sol et climat 8

b)…… Parcours cultural des légumes à cultiver 8

c)…… Planifications. 8

d)…… Optimisation du support de production.. 9

e)…… Objectif production : semences et surface nécessaire. 9

2.3. Semer et planter 9

a)…… Préparation d’un lit de semences en pleine terre. 9

b)…… Profondeur des semis selon le calibre de la graine. 10

c)…… Semer efficacement dans un support de semis hors sol 10

d)…… Plantation des différentes familles de légumes. 10

e)…… Gestion d’une serre à plants. 11

f)……. Système d’irrigation.. 11

2.4.     Suivi des cultures, entretiens et soins. 11

a)…… Maitrise de l’enherbement des cultures. 11

b)        Taille des légumes pour l’amélioration du calibre et réduire les risques de maladies. 11

c)…… Légumes à conduire en hauteur 12

d)…… Principaux ravageurs et maladies par famille de légumes. 13

e)…… Actions préventives et curatives pour limiter ravageurs et maladies. 14

f)         Normes sanitaires et environnementales pour les produits phytosanitaires utilisables en AB.. 14

3.        Commercialisation. 14

3.4.     Récolte et conditionnement 14

a)…… Récoltes des différents légumes. 14

b)…… Norme d’hygiène (ex : Pack hygiène) – Organisme de contrôle (DRAAF) 15

3.5.     Prix de vente. 15

a)…… Objectifs de ventes et chiffre d’affaires annuel 15

b)…… Marché des légumes bio (prix moyens pratiqués) 15

c)…… Valorisation.. 16

4.        Parcours à l’installation. 17

4.4.     Choix des statuts juridique, fiscal et social 17

4.5.     Démarche administrative. 17

5.        Annexes. 18

5.4.     Biographie. 18

5.5.     Environnement 18

a)…… Présentation du lieu.. 18

b)…… Description du lieu.. 18

5.6.     Projet 20

a)…… Le projet 20

b)…… Quel sens. 20

c)…… Objectifs. 20

5.7.     Calendrier prévisionnel 21

5.8.     Itinéraires culturaux. 21

5.9.     Objectifs de ventes et chiffre d’affaires annuel 22

a)…… Prévisionnel N (2021) 22

b)…… Prévisionnel N+1 (2022) 22

5.10.   Planification. 23

a)…… Année N (2021) 23

b)…… Année N+1 (2022) 24

5.11.   Business plan. 25

a)…… Investissement initial 25

b)…… Crédit consommation.. 25

c)…… Résultat prévisionnel 26

5.12.   Rappels. 28Bibliographie et liens  31

1.   Connaissance du sol

1.1         Environnement (observation)

a)    Ensoleillement

  • Ensoleillement : 1900h/an (Sunearthtools, 2019, details en annexes)

b)    Vents dominants – Reliefs – Pluviométrie – Faune – Flore

  • Vents dominants (Bise) parallèles à la barre de l’Epine : altitude 1500m orienté N-E
  • Pente vers l’est, 8% maxi 4% en partie basse
  • Pluviométrie moyenne : 1500mm/an (pour plus de détails voir annexes)

L’environnement est relativement peuplé (habitat diffus), la faune observée est caractéristique des zones préalpines agricoles.

c)             N Conception des espaces 

Haies – Mares – Zones sauvages 

La haie suivant la direction N-O sera enrichie et soignée et marquera une séparation entre le verger et la partie maraichère. En bas, en bordure de propriété, des massifs ornementaux et un petit potager sur butte permanente tressée sont en développement et permettront d’accueillir la biodiversité et égayer les néo-jardiniers et les voisins tout en marquant une séparation avec la route.

La haie de séparation N-E sera renforcée en plantant des arbrisseaux dans le but de contrer les résidus du vent dominant.

Une mare sera présente dans le bas du terrain, elle collectera les eaux pluviales des serres 1 et 2, le complément sera tiré de l’eau de la ville.

Une deuxième mare à l’extrémité opposée du terrain pour collecter les eaux de ruissellement par des tranchées, sera réalisée ultérieurement, depuis le verger en suivant la pente.

3 ruches d’abeilles domestiques seront postées au pied de la butte entre le verger et les serres, 3 ultérieures en partie opposée non loin du potager ornementale.

Au sommet de la colline à proximité du verger il y a des bosquets, ils seront entretenus et ils fourniront des éléments utiles aux cultures.

Serres – Planches de culture

Les serres seront installées suivant la pente du terrain et perpendiculaires au vent dominant, les planches avec un léger terrassement seront construites parallèles aux courbes de niveaux (N-E)

Des cultures de petits fruits seront plantées aux pieds des arbres du verger.

Ajouts progressifs : 4 massifs de plantes aromatiques aux coins des serres et vigne tous les 2 arceaux.

d)    Texture et structure du sol

Aucune intervention humaine depuis des générations (pas de traces, pas de cultures)  et des prairies sur plusieurs ha en partie haute du terrain (élevage laitier bio).

Le sol est sans limon, il est constitué de 65% d’argile et 35% de sable. La roche mère est du calcaire du Jura, il demandera un bon travail pour l’aérer et un amendement régulier (apport de craie broyée si possible). Il est très riche en matière organique.

e)    Plantes bio-indicatrices du lieu

Trèfle blanc (Trifolum repens) et Bugle rampant (Ajuga reptans) : caractéristiques des sols hydro morphiques (souvent engorgé en eau) avec de très fort contrastes hydriques. Richesse du sol en bases et en MO azoté voir ++<compactage des sols (Redactibio, 2019). Pour les détails du design voir Annexes : 5.2 et

1.2.       Supports de cultures et amendements

a)    Préparation type et périodes

Actuellement en prairie, je vise, avant toutes interventions, la certification bio.

Voici les opérations prévues pour la suite :

  • Déchaumage en début d’automne suivi d’un labour superficiel (<25cm) avec la charrue réversible ou la charrue déchaumeuse ou la rotobeche attelée sur un tracteur (40cv mini). Après l’hiver passé sous bâches, passage d’un cultivateur (outil à dent type herse), si culture d’engrais verts : broyeur et rotovator.
  • Enterrer l’irrigation principale (PE Ø65mm) dans caniveaux en béton après avoir creusé les tranchées à la minipelle
  • Avec un porte-outil (BCS 770) et une herse rotative avec barre niveleuse et rouleau je brise les mottes ou je décompacte les zones intéressées et je peux préparer les planches (profondeur 5-8cm)
  • J’entretiens les planches (je peux également en créer de nouvelles très rapidement) grâce à une charrue rotative (Groundblaster). Elle pourra être mise à profit pour les zones où les légumes n’ont besoin que d’un terrain grumeleux (cucurbitacées, brassicacées)
  • Pour amender et incorporer du compost et du fumier dans les serres, pour les légumes gourmands, le porte-outil sera équipé de la herse rotative qui permettra enfin d’obtenir un lit de semence idéal (Gramegna ou Rinaldi)
  • Nous utiliserons les outils manuels pour atteindre les zones non accessibles au motoculteur (houe, houe bêche pour finaliser les tranchées, râteaux et râteau à gazon seront utilisés pour les planches déjà en culture (ou pour des travaux ponctuels). Pour aérer et décompacter le potager et les pieds des arbres je pourrai compter sur une grelinette et une campagnole.

Exemple de préparation de sol adapté pour les pommes de terre en annexe (5.5. Itinéraires culturaux) et mémoire m1*.

b)    Amendements

L’implantation de culture, la fertilisation (dose) et sa forme seront extraites du Guide Technique tome 2 de l’ITAB, du tome 2 partie VIII de Vivre avec la Terre et du guide de culture du catalogue Agrosemens qui sont précieux également pour les autres paramètres et pratiques culturales : semence, T°C levée, durées, périodes. (pour plus de détails voir bibliographie)

  • Amendements organiques : lisiers, fumiers, compost de fumiers, compost de déchets verts et bois raméal fragmenté (BRF). Apport de matière pour enrichir et structurer le sol – restitution d’une partie aux cultures. Pour une meilleure complémentarité des apports je vais associer matière organique végétal avec matière organique animal.
  • Engrais organiques : Un élevage laitier bio est tout proche (haras à chevaux à prospecter). Ce fumier sera utile pour fertiliser les plantes (éléments minéraux immédiatement disponibles).
  • Engrais et amendements minéraux : apport complémentaire, il améliore la stabilité du sol, il permet une modification du pH, de la composition de la solution du sol ainsi que de l’activité microbienne. Une partie de ces minéraux sont présents dans les amendements et engrais organiques.
  • Engrais verts : apport de matière organique végétale fraiche, rotation et diversification des cultures, limitation de la repousse des adventices, structuration du sol, stimulation de l’activité biologique, limitation de l’érosion du sol et du lessivage grâce à la couverture (pag.294 et succ., Vivre avec la Terre op.cit.).

Une attention particulière sera portée à la culture d’engrais verts à cycle court en fin de culture, de la luzerne et céréales pour toute la période de rotation même sous serre (broyage des engrais 2 mois avant semis ou plantation, ils seront incorporés 3 semaines avant plantation), les explications sur le blé jardiné de la ferme du Bec Hellouin (op.cit. pag.853 tome III) en utilisant les exemple de la culture familiale du blé (P.Sauvageot, P.Grillo, 1943) et les expériences de J.Jeavons et M.Bonfils sont très intéressantes.  Une rencontre avec Fréderic Thomas est prévue.

Les doses sont à adapter en fonction du type de culture en place et à venir (culture gourmande ou non) et du type de sol (carence potentielle). Cependant, il existe une règlementation concernant les dosages (voir partie 1.2.c).

c)    Normes d’hygiène et sanitaires concernant les amendements

Les normes à suivre et leurs mises à jour sont disponibles sur différents sites web.

Ci-dessous un bref résumé :

Article 3 du règlement (CE) n°886/2008, Gestion et fertilisation des sols :

« 1. Lorsque les mesures prévues à l’article 12, paragraphe 1, points a), b) et c) du règlement (CE) n°834/2007 ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels des végétaux, seuls les engrais et amendements du sol énumérés à l’annexe 1 du présent règlement peuvent être utilisés dans la production biologique, et uniquement suivant les besoins. Les opérateurs conservent des documents justificatifs attestant la nécessité de recourir à ces produits ». L’article 12, paragraphe 1, points a), b) et c) du règlement (CE) n°834/2007 indique que l’utilisation d’intrants ne peut être réalisée que si une bonne gestion des sols, une rotation importante comprenant des engrais verts et des légumineuses ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels des végétaux.

Se trouve dans cette annexe, des produits comme la farine de plumes, le guano, le tourteau, le fumier, les fientes, etc (B. Leclerc, 2012 ; Règlement (CE) n°889/2008 de la commission du 5 septembre 2008).

La directive nitrate s’applique à l’ensemble des fermes en AB. Elle indique que la quantité totale d’effluents d’élevage ne peut dépasser 170kg d’azote par an/hectare de surface agricole utilisée (donc pour le fumier, fumier séché, fiente de volaille déshydratée, compost d’excréments liquides d’animaux). Les fumiers ou excréments ne peuvent pas venir d’élevage industriel (hors sol !) en AB.

Dans le cas d’utilisation de compost de bio-déchets des ménages, l’annexe 1 du règlement (CE) n°889/2008 précise qu’ils sont soumis à une exigence de qualité concernant les seuils limites en ETM (Eléments Traces Métalliques).

FLAMMES [COURT-MÉTRAGE]

« Il s’agira de savoir se battre,
Puisque la guerre a débuté »

paru dans lundimatin#209, le 23 septembre 2019

Il y a la musique,
Il y a les corps qui dansent,
Il y a l’amour qu’on se donne,
Un autre usage du récit, déployé dans le sensible
Et sa poésie comme un usage tactique.
Une façon d’être au monde,
Imperceptible, vive et intense,
Qui désœuvre les corps et à laquelle on s’adonne, oblique.

Il faut chercher un lyrisme nouveau,
À faire un nouvel usage des mots,
Ce que nous habitons nous habite.
Ce qui nous entoure nous constitue.
Nous ne nous appartenons pas.

Nous n’avons jamais eu tant d’idées,
Ni été si incapables de les formuler.
Tout s’était mis à sonner faux à nos oreilles,
Et les vieux slogans étaient tout usés, de toute façon.
Dire adieu aux vieilles formes,
Et engager les premiers pas sur un chemin s’annonçant sans retour,

Devenir sensible à une danse nouvelle,
Aux lumières qui l’ornent, à une rythmique encore inconnue.
Trahir ce qu’on avait cru être vrai,
Pour lui redonner un peu de vérité en fait,
Tuer l’habitude et avec le normal, 
Faire sécession.

On dit de la fragmentation qu’elle réduit en morceaux,
Nous croyons qu’elle compose des mondes.
Loin d’atomiser, elle reconstitue l’unité dans la séparation,
Renouant avec la division réparatrice.
Trouver son monde est une manière d’être à lui,
Aux autres et à soi,
C’est à la fois une manière de ne pas se laisser avaler
Et un certain art de la guerre.

Voilà peut-être les premières lignes
Au tournant qui s’amorce,
En guise de technique de combat.
Il s’agira de savoir se battre,
Puisque la guerre a débuté,

Maintenant que les flammes sont partout.

Avec :
Emmanuel Buffet – @emmanuel_buffet
Iokanaan – @iokanaan.art
Lydie Michel – @lydiecherry
Scarla B. – @scarla.jpg
Elsa Padilla / Rouge – @laditerouge

Musique et texte | Chaviré
Fresque | Nils L.L. – http://www.nilsll.com
Décors | César Boucheton et Kevin Morvan
Production | Label Prise / Violent Motion

https://youtu.be/1BRnHgEvBzE

Le Léviathan et le climat

lien

Alyssa Battistoni

Si la réflexion sur l’entrée des démocraties occidentales dans un régime d’état d’exception permanent est avancée, comment ce dernier va-t-il se combiner avec le réchauffement climatique ? Dans cette recension de l’incontournable Climate Leviathan, Alyssa Battistoni propose un questionnement inquiet sur les formes de la souveraineté politique planétaire et sur ses contestations

A propos de Climate Leviathan: a Political Theory of Our Planetary Future,de Geoff Mann and Joel Wainwright, Verso, 2018.

Traduction réalisée par Antoine Chopot de « States of Emergency. Imagining a politics for an age of accelerated climate change. », The Nation, 21 juin 2018.

Le changement climatique a été un problème politique aux États-Unis pendant quasiment toute ma vie – James Hansen a témoigné pour la première fois de la réalité du réchauffement de la planète devant le Sénat en 1988 – mais les perspectives pour la planète ne font qu’empirer. Au début, on discutait du changement climatique comme d’un problème lointain, à résoudre pour les générations futures. Puis on en a parlé comme quelque chose de géographiquement éloigné, ayant lieu ailleurs dans une autre partie du monde. Désormais celui-ci est reconnu comme quelque chose qui arrive aujourd’hui aux personnes vivant aux Etats-Unis – et pourtant, que faisons-nous à ce sujet ? Le plus souvent, il semble que ce soit très peu. L’auteur de science fiction Kim Stanley Robinson a nommé cette période où on-ne-fait-pas-grand-chose la « Tergiversation ». L’essayiste Amitav Ghosh a quant à lui suggéré le « Grand Désordre». Quelque chose a mal tourné : un problème massivement reconnu comme menaçant la vie de millions de gens, peut-être même l’avenir de la vie humaine sur Terre, n’a pas été pris au sérieux et ne semble pas susceptible de l’être.

Pendant un temps, c’est la démocratie qui a été jugée coupable : selon certains, les démocratiesne sont tout simplement pas adaptées pour résoudre les problèmes futurs, ou ceux s’étendant au-delà des frontières nationales. Le changement climatique est tout simplement trop compliqué pour que la plupart des gens puissent y comprendre quoique ce soit. Mieux vaut laisser tout cela aux experts. Le sujet est trop dur à aborder pendant une campagne électorale. Personne ne veut penser à une chose aussi déprimante. Et puis quel homme politique sain d’esprit pourrait bien défendre une baisse du niveau de vie pour faire diminuer les émissions de carbone ?

Maintenant que le capitalisme est à nouveau mis sur la table en tant que problème politique, il reçoit à son tour son lot de reproches. Le problème politique, dit-on désormais, n’est pas la seule démocratie, mais le fait que la démocratie soit prise en otage par l’argent du pétrole et les politiciens vendus à sa cause. Même certains capitalistes commencent à reconnaître que le système pourrait nécessiter quelques ajustements. (D’autres comme Elon Musk ont le projet de décamper pour Mars : le « Grand Désordre », en effet). Troquer les grandes entreprises contre la démocratie comme racine du problème constitue une évolution encourageante. La plupart des gens s’en inquiètent maintenant, mais peu font du changement climatique le cœur de leur pensée et de leur pratique politiques.

Dans ce contexte, le nouvel ouvrage de théorie politique de Geoff Mann et Joel Wainwright, Climate Leviathan,constitue un apport bienvenu à la petite mais grandissante famille des livres de gauche traitant du changement climatique. C’est un livre dont la visée explicite est de saisir les dimensions politiques du changement climatique, au lieu de les reléguer à un ou deux paragraphes en conclusion. Le livre choisit également de suivre une piste différente que la plupart des travaux sur la politique climatique. Les auteurs ne cherchent pas à savoir la raison pour laquelle nous ne faisons rien pour réduire les émissions de carbone ; ils s’intéressent au contraire aux différents types de scénarios politiques susceptibles d’émerger en réponse aux crises écologiques qui viennent.

Selon Mann et Wainwright le changement climatique occupera une place si centrale pour la vie humaine et la politique mondiale des années à venir que la réponse qui lui sera apportée façonnera entièrement le futur ordre du monde, et pas seulement les déclarations faites par les Nations Unies à chaque fin d’année. Si la gauche doit jouer un rôle dans la formation de ce nouveau monde, ajoutent-ils, elle doit réfléchir sérieusement aux « outils, stratégies et tactiques politiques » à sa disposition.Bien qu’il soit un problème nouveau et impossible à anticiper, le changement climatique ne demande pas une prise de distance radicale avec les luttes traditionnelles de la gauche pour la liberté, l’égalité et la justice ; il renouvelle simplement la façon de poser des problèmes familiers. Notre pensée politique n’a pas besoin de traiter directement du changement climatique pour donner un aperçu du rôle que la gauche peut jouer pour y faire face, mais nous devrons développer des idées anciennes dans de nouvelles directions si nous voulons naviguer dans un monde qui change radicalement.

De Gramsci à Hegel en passant par Kant et Naomi Klein, Climate Leviathan enrôle un large éventail de la pensée politique. Mais c’est Thomas Hobbes, comme le titre le suggère lui-même, qui se trouve au cœur du livre – le Léviathan reste l’œuvre fondamentale sur le pouvoir souverain, à la base des États modernes. Hobbes observait une nation déchirée par la guerre civile anglaise et estima qu’il valait mieux renoncer à sa liberté sous l’autorité d’un souverain tout puissant plutôt que de vivre dans une telle méchanceté et une telle brutalité. Un tel pouvoir souverain n’existait pas encore au temps de Hobbes, mais en le décrivant, il chercha à comprendre une forme politique qui selon lui devait bientôt advenir.

Mann et Wainwright soutiennent que nous traversons un tel moment, un temps de transformation des formes politiques, où l’on peut commencer à voir le Léviathan prendre forme. De même, les auteurs choisissent d’adopter, à la suite de Hobbes, un mode spéculatif, en décrivant les formes de pouvoir qui vont vraisemblablement émerger dans le futur, reconnaissant par ailleurs qu’aucune n’est encore advenue.

L’autre ressource clé dans la réflexion sur ce Léviathan est le théoricien politique allemand et sympathisant nazi Carl Schmitt, qui s’appuie sur Hobbes pour élaborer sa propre théorie de la souveraineté. Selon Schmitt, les prises de décisions au quotidien sont gouvernées par la loi, mais la souveraineté réside dans ces moments où l’urgence exige l’action extra-judiciaire. Pour Schmitt, il était crucial que le souverain soit capable de prendre les mesures qui s’imposent contre les ennemis d’une communauté. La souveraineté consiste en ceci que le pouvoir politique autorise un État à outrepasser la loi pour défendre ses amis. Comme chez Hobbes, les individus acceptent cette forme extrême de règle en échange d’une protection.

La gauche états-unienne a redécouvert Carl Schmitt durant les années Bush lorsque, ainsi que l’avait remarqué le philosophe italien Giorgio Agamben, un « état d’exception » était en train de devenir la norme, sous couvert d’une informe « guerre contre le terrorisme » (war on terror). Néanmoins, cette vision de l’État n’a que très rarement été élargie à la réflexion sur le type de « politique de l’urgence » qui va surgir avec le réchauffement climatique. S’appuyant sur Hobbes et Schmitt, les auteurs entament ce travail : Climate Leviathan imagine comment les perturbations écologiques vont créer les conditions permettant à une nouvelle autorité souveraine de « prendre le commandement, déclarer l’état d’urgence, et mettre la Terre en ordre, tout cela au nom de la sauvegarde de la vie » – et cette fois-ci à l’échelle planétaire, et non plus nationale.

Mais cette souveraineté est encore embryonnaire, et d’autres formes politiques pourraient encore la contester. Selon les auteurs de Climate Leviathan, quatre types de régimes politiques sont susceptibles d’émerger en réponse au changement climatique : le « Léviathan climatique » serait un système de capitalisme globalisé gouverné par une souveraineté planétaire – pas nécessairement le dirigeant souverain que Hobbes avait imaginé mais néanmoins un pouvoir hégémonique capable de prendre des mesures drastiques ; le « Mao climatique », un système anti-capitaliste gouverné par un pouvoir souverain à l’échelle de l’État-nation ou de la planète ; le « Behemoth climatique », un système capitaliste contenu dans les limites autarciques de l’État-nation ; et le « X climatique », rejetant à la fois le capitalisme et la souveraineté, pour faire place à quelque chose qui reste encore à déterminer.

Mann et Wainwright concèdent que ces quatre futurs possibles sont encore virtuels pour le moment. Mais tandis que nous dépassons nos objectifs carbones et que les impacts du changement climatique deviennent de plus en plus destructeurs, l’un de ces possibles deviendra probablement le mode dominant de la politique. Les auteurs pensent que le vainqueur le plus probable est le Léviathan climatique : il est, après tout, déjà en ascension, comme le montre les pactes internationaux tels que l’Accord de Paris et les institutions mondiales telles que la Conférence des Parties des Nations Unies (COP).

Ces institutions ne sont actuellement pas souveraines au sens de Hobbes ; au contraire, elles sont explicitement internationales, et travaillent à coordonner les actions entre les États-nations. Mais Mann et Wainwright pensent néanmoins qu’elles ouvrent la voie vers une forme de souveraineté attendue depuis des siècles : une souveraineté à l’échelle du monde. Les penseurs de Kant à Einstein ont généralement imaginé un État mondial en réponse aux menaces de la guerre ; le Léviathan climatique serait un tel État mondial mais dans une ère de désastre écologique.

La hausse des températures va engendrer de nouvelles urgences – des tsunamis au ouragans en passant par des famines et des crises de réfugiés – et avec elles de nouvelles opportunités pour les États puissants d’étendre leur portée en déclarant l’état d’exception. Une catastrophe climatique majeure pourrait amener les États capitalistes du Nord à prendre des mesures – y compris la géoingénierie – par l’intermédiaire des Nations Unies ou d’une Union Européenne – sous la forme d’une autorité supra-nationale. En appelant à des accords lors des COPs de chaque année, nombreux sont les militants du climat à avoir légitimé le Léviathan climatique au lieu de le contester. Mais ce que ces institutions sont incapables de faire, selon Mann et Wainwright, c’est de résoudre la crise climatique : elles ont été créées pour gérer le capitalisme, et elles continueront à le faire même en cas de réchauffement catastrophique.

Pourtant, tandis que les institutions capitalistes mondiales ont été le principal lieu de la politique climatique au cours des deux dernières décennies, le Léviathan climatique a un rival : le « Behemoth climatique », représentant un « populisme réactionnaire » se détournant de l’élitisme mondial des forums planétaires sur le changement climatique pour se tourner vers un capitalisme nationaliste – une dynamique parfaitement résumée par la déclaration de Donald Trump selon laquelle il a été « élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris ».

Perceptible dans l’Amérique de Trump, l’Inde de Modi et dans le surgissement des euro-sceptiques de droite un peu partout en Europe, les soutiens du Behemoth climatique constitue un mélange de capitalistes du secteur des énergies fossiles, de petits-bourgeois réactionnaires, et de gens désabusés de la classe ouvrière qui veulent s’en prendre aux élites cosmopolites et à l’establishment politique. Son mélange contradictoire mais musclé d’ethno-nationalisme, de religion, de masculinité et de déni scientifique en fait une forme puissante mais au fond instable ; Mann et Wainwright défendent l’idée qu’il est probable que cette forme s’épuise – mais qu’elle pourrait entre-temps causer beaucoup de dégâts.

Les possibilités révolutionnaires représentées par le Mao climatique et le X climatique, quant à elles, sont moins immédiates et seulement visibles de manière fragmentaire à l’heure actuelle. Le Mao climatique décrit une transformation révolutionnaire menée par un État non-capitaliste agissant rapidement pour faire face à l’effondrement climatique. Dans la vision de Mann et Wainwright, le Mao climatique suit les traces de son éponyme mais aussi celles de Robespierre et de Lénine, indiquant « la nécessité d’une terreur juste dans l’intérêt de l’avenir collectif » : il oppose le pouvoir de la souveraineté planétaire à celui du capital. Le Mao climatique, en ce sens, laisse présager un renouvellement des « États autoritaires socialistes », agissant pour réduire les émissions de carbone et faire face aux urgences climatiques, ultimement à l’échelle planétaire.

Les restrictions unilatérales imposées par l’État chinois à des entreprises comme à des citoyens donnent un aperçu de ce futur, même s’il n’est pas pleinement opérationnel. De fait, Mann et Wainwright s’efforcent de montrer que la Chine n’est pas encore sur la voie menant au Mao climatique. Le Parti Communiste peut fermer des aciéries en l’espace de quelques mois pour réduire les émissions, mais la Chine ne peut plus être décrite de manière crédible comme communiste ; au contraire, le Parti s’est engagé à travailler avec les puissances capitalistes occidentales pour construire le système international qui caractérise le Léviathan climatique (pensez, par exemple, aux négociations très applaudies de Barack Obama avec Xi Jinping).

Néanmoins, Mann et Wainwright insistent sur le fait que dans le futur proche, le Mao climatique n’est susceptible d’émerger qu’en Asie : l’Amérique Latine peut bien posséder un héritage plus robuste en terme d’écologie politique, l’Asie est la seule à présenter cette combinaison nécessaire d’États forts et d’économies puissantes associée à un grand nombre de paysans, de prolétaires et de populations surnuméraires, dont les attentes sont susceptibles d’être frustrées par les effets désastreux du changements climatiques. Autrement dit, c’est seulement en Asie que l’on peut imaginer des mouvements populaires s’emparant de l’État et du pouvoir économique capable de modifier significativement l’utilisation des ressources planétaires.

Parmi ces trois futurs, certains peuvent être pires que d’autres, mais aucun d’eux ne semble être particulièrement juste, aux yeux des auteurs. C’est ici que le X climatique entre en jeu : c’est le nom donné à un mouvement démocratique à la fois contre le capitalisme et contre la souveraineté, le « X » suggérant de manière intentionnelle une aventure vers l’inconnu. Malgré les quelques apparitions suggestives concernant la signification précise de X au fil du livre, il faut attendre l’ultime chapitre pour que Mann et Wainwright entrent pour de bon dans les détails.

Il est décevant, sans être tout à fait surprenant, de constater que la qualité de l’analyse du livre, par ailleurs lucide et souvent brillante, s’effondre ici. Proposer une politique appropriée à un problème relevant d’une menace existentielle sans précédent est une tentative intimidante et colossale, comme le reconnaissent ça et là les auteurs. Et de manière tout à fait compréhensible Mann et Wainwright sont réticents à l’idée de décrire de manière trop détaillée ce à quoi ce futur pourrait ressembler. Dans l’espoir de « dégager des pistes possibles pour des problèmes apparemment insolubles », ils proposent un ensemble d’idées générales plutôt qu’un programme : trois principes, deux « ouvertures » et deux trajectoires.

Les principes, qui s’inspirent aussi bien des traditions de gauche que des mouvements contemporains pour la justice climatique, sont l’égalité, la démocratie, et la solidarité. L’égalité affirme que nous partageons tous la terre ; la démocratie garantit « l’inclusion et la dignité pour tous » ; et la solidarité reconnaît la préservation de la vie sur cette planète partagée par tous comme une cause commune, tout en affirmant une multiplicité de manière d’y vivre, dans un « monde composé de plusieurs mondes ».

Les ouvertures offrent des possibles provisoires pour une praxis de gauche, en lieu et place de certitudes prescriptives : la première ouverture est fondée sur le « refus catégorique » qui motivait la réticence de Marx de détailler le futur communiste pour mieux se pencher sur la pensée et la pratique révolutionnaires qui lui étaient contemporaines ; la seconde est fondée sur l’attitude qui prend en charge le fait d’être « témoin de la crise », attitude qui est très certainement déjà parmi nous. Les deux trajectoires au fondement du X climatique relèvent des histoires plus anciennes dans lesquelles ces principes et ces possibles sont enracinés. La première est la tradition anticapitaliste de gauche issue de l’économie politique marxiste ; la deuxième est composée des alternatives à la souveraineté que l’on trouve dans les mouvements, les formes de vie et les formes de savoirs indigènes et anti-coloniaux. Les auteurs estiment que cette seconde trajectoire offre également des matériaux pour « vivre de manière différente, radicalement différente » – pas simplement en rendant le 21ème siècle un peu plus vert en surface, mais en nous aidant à changer notre relation à la terre et à la planète tout à la fois.

Comme le suggèrent ces propositions un peu nébuleuses, Mann et Wainwright ne prétendent pas être arrivés à un tableau complet du X climatique. Les exemples de mouvements contemporains s’approchant plus ou moins de l’image du X climatique, admettent-ils, restent loin de pouvoir renverser le capitalisme et la souveraineté. Les zapatistes, avec le lancement de leur offensive contre l’État mexicain en 1994 puis leur retrait en milieu rural, donnent une image des promesses mais aussi des limites du X climatique : bien que des communautés entières se soient retirées de la portée du pouvoir de l’État pour vivre selon leurs propres principes, celles-ci restent encerclées et limités par ce pouvoir. On ne sait pas comment ce type de communautés pourraient effectivement contrer le changement climatique depuis cette position. Mann et Wainwright admettent que ces contradictions ainsi que quelques autres pourraient mener les lecteurs à sympathiser avec le Léviathan climatique ou le Mao climatique, qui eux au moins pourraient faire efficacement avancer les choses. Mais malgré ces difficultés, ils soutiennent que nous devons insister sur une non-souveraineté non-capitaliste. Comme le disait Adorno : « cela pourrait arriver » ( « it could come »).

Cette conclusion est pourtant tout à fait en contradiction avec le cri à l’ouverture du livre en faveur d’une réflexion stratégique à gauche : l’analyse habile cède la place à des aveux répétés sur le fait que les choses doivent, et de ce fait peuvent, être autrement – peu importe comment, précisément.

« La priorité », soutiennent Mann et Wainwright, « doit être de s’organiser pour une réduction rapide des émissions de carbone par le boycott collectif et la grève ». Et pourtant, ils se retirent presque immédiatement de cette position – trop utopique – pour ensuite repartir de l’avant : après tout, nous avons besoin d’êtres utopistes. « Nous devons créer quelque chose de nouveau ». « Continuer dans la même direction n’est pas une option. » Certainement, les auteurs ont raison sur ce point.

Mais sans plus de discussion, les appels à la grève et au boycott de masse immédiat comme moyen de mettre un terme à l’économie globale fondée sur l’utilisation des énergies fossiles s’apparente au mieux à un vœux pieux. Parfois, ceci n’apparaît pas simplement utopique, mais utopique au mauvais sens du terme : si les choses vont aussi mal que le prétendent Mann et Wainwright – et cela est indéniable – les refus de principes et les tentatives de vivre autrement ne sont plus suffisants (si jamais ils l’ont été). Si la réponse au « manque considérable d’imagination » de la plupart des politiques climatiques est une fuite en avant dans une fantaisie imaginaire : alors nous sommes tous condamnés.

De manière similaire, l’appel à tenir compte des perspectives indigènes sur la souveraineté n’est que peu exploré. Si les politiques autochtones ont été particulièrement efficientes dans les luttes contre l’industrie fossile c’est non seulement en raison des philosophies sous-jacentes relatives à la souveraineté ou à la nature, mais également en raison des stratégies adoptées par ces groupes : les revendications territoriales autochtones sont utiles pour bloquer des pipelines, et les groupes des Premières Nations du Canada, en particulier, se sont lancés dans une campagne légale agressive pour récupérer les terres qu’ils n’avaient pas cédées. De même, en Amérique Latine, les droits des autochtones reconnus au niveau international se sont révélés être un puissant outil législatif dans la lutte contre les nouveaux projets pétroliers et miniers dans la région.

Ces tentatives politiques complexes exigent de plus substantielles analyses ; elles ne sont pas simplement des images de la non-souveraineté. En même temps, les leçons dont elles sont porteuses ne sont pas aisément transposables à d’autres luttes politiques. Jusqu’où ces projets d’auto-détermination pourraient-ils mener le mouvement pour le climat, avec lequel ils sont parfois mais pas toujours alignés ? Quelles perspectives contiennent-ils pour des acteurs politiques en l’absence de telles revendications juridiques, identités culturelles ou histoires politiques ?

En même temps, le fait de considérer la souveraineté comme intrinsèquement et irrémédiablement injuste a pour effet d’éliminer toute une gamme de possibilités politiques. Cela suggère que les mouvements politiques doivent agir en opposition simultanée à l’État et au capital, et le faire de manière préfigurative – c’est-à-dire en réalisant dès maintenant les relations qu’ils espèrent faire advenir. Mais si un mouvement de type zapatiste n’est pas en mesure de combattre efficacement un État puissamment répressif et un capital mondialement nomade, pourquoi devrions-nous le prendre comme modèle pour les destituer ?

(De fait, les zapatistes eux-mêmes se sont engagés dans une série de tactiques au fil du temps, incluant, plus récemment, le choix de la politique électorale : l’Armée Zapatiste de Libération Nationale a récemment apporté son soutien à María de Jesús Patricio Martínez, candidate à l’élection présidentielle mexicaine de 2018 et cherchant à représenter les communautés autochtones.) Comme les auteurs l’observent, les problèmes posés par le réchauffement climatique s’inscrivent dans une histoire longue de luttes pour la justice et la liberté – la seule différence c’est qu’il y a maintenant un ultimatum écologique. Cela signifie certainement que gagner du temps doit être un élément essentiel de la stratégie de gauche, même si cela implique de lutter contre les pires effets du changement climatique de l’intérieur de systèmes que nous cherchons à terme à démanteler ou à transformer.

La difficulté à se figurer le X climatique reflète au final les limites de la typologie proposée dans le livre, dans laquelle la souveraineté planétaire et le capitalisme global sont présentés comme des choix relevant du tout ou rien. Explorer des idéaux-types peut s’avérer clarifiant, mais plus utile aujourd’hui serait l’effort pour mettre à jour les possibilités de travailler à l’intérieur, à travers, et au-delà des Léviathan climatiques et des Behemoth climatiques déjà existants – et peut-être surtout ces derniers. En effet, face à la marée montante des Behemoths réactionnaires, qui ne montre que peu de signes de recul, la souveraineté planétaire ressemble à une sorte de leurre : le capitalisme mondial n’a certainement pas terminé sa course, et très peu d’éléments indiquent qu’une souveraineté planétaire se prépare aujourd’hui dans les coulisses.

Les mouvements doivent-ils réellement être opposés à toute forme de souveraineté, à toutes les échelles, pour s’opposer à un État mondial se reproduisant par le capitalisme ou pour obtenir des mesures de justice ? N’y a-t-il véritablement aucun X climatique issu d’un populisme de gauche pouvant contrer le Behemoth à l’échelle de la nation,     aucun moyen de canaliser la solidarité au travers d’institutions internationales – mais pas nécessairement globales ? La différence entre, disons, l’engagement de Jeremy Corbin en faveur de la nationalisation et la décarbonisation de l’industrie britannique de l’énergie et le feu vert donné par Justin Trudeau à des projets de pipeline privés au Canada ne suffira peut-être pas pour sauver la planète, mais elle pourrait au moins se voir reconnaître un statut d’ouverture. Au lieu de cela, les manières dont les États actuels ont agi vis-à-vis de leurs citoyens ainsi qu’envers le capital sont confondues en une polémique au sujet de la souveraineté – pour ou contre.

Mann et Wainwright ne sont nullement les seuls à se dérober sur le sujet de la question de ce qui doit être fait. Deux autres livres récents du côté de la gauche écologiste – A History of the World in Seven Cheap Things1de Jason Moore et Raj Patel, et The Progress of this Storm de Andreas Malm – aboutissent à peu près au même endroit. Tous reconnaissent que le « fascisme global » que Mann et Wainwright nomment le Behemoth est bien plus puissant aujourd’hui que n’importe quelle formation écologiste de gauche, mais essaient de créer de l’espoir en regardant du côté des mouvements pour la justice climatique, tout en insinuant qu’un bouleversement bien plus grand est nécessaire.

Tout comme Mann et Wainwright, Moore et Patel refusent de dessiner une « feuille de route pour une lutte de classes qui réinventerait dans le même mouvement les relations des humains avec et à l’intérieur du tissu de la vie ». Au lieu de cela, ils suggèrent leurs propres principes – au nombre de cinq : reconnaissance, réparation, redistribution, réimagination et recréation – et leur propre Mouvement des mouvements. Leur vision élargie du capitalisme, qui prend au sérieux la place du travail non-payé, l’appropriation coloniale et l’extraction forcée, rend possible de comprendre tout un ensemble de luttes comme anticapitalistes et capables de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique : les mouvements autochtones Idle No More, le mouvement paysan mené par La Via Campesina, le travail des militants des droits pour les personnes handicapées et les féministes socialistes argentines.

Moore et Patel suggèrent également qu’une organisation politique plus salutaire peut être trouvée dans les « nationalismes alternatifs » des peuples autochtones et des nations aborigènes existant « en opposition à l’écologie du capitalisme ». Pourtant, alors même que les auteurs détaillent la longue histoire des résistances populaires au capitalisme, l’effet est plus déconcertant que réconfortant lorsque l’on se souvient que, littéralement, des siècles de luttes n’ont pas encore réussi à atteindre leur but.

The Progress of this Storm de Malm, quant à lui, lance un appel bienvenu pour prendre au sérieux la question de l’agir politique, mais se termine sur une note apocalyptique qui frise l’aventurisme. Il y déclare que « la condition climatique signifie la mort de la politique affirmative ». « La négativité est notre seule chance désormais. » C’est peut-être la raison pour laquelle il conclut son livre, tout comme Mann et Wainwright, avec Walter Benjamin – dans le cas de Malm, avec l’idée benjaminienne du « caractère destructeur » qui réduit l’existence aux « décombres – non par amour des décombres, mais pour l’amour du chemin qui les traverse ». Nous devons détruire le capitalisme fossile, nous dit Malm, avant que la nature ne nous détruise.

Lorsque Marx ridiculisait le projet d’écrire « des recettes pour les marmites de l’avenir », il en appelait en retour à une « analyse critique des faits actuels ». Les faits actuels ne sont pas favorables – mais nous n’avons pas d’autres choix que d’y faire face. La menace posée par le changement climatique exige que nous imaginions un monde radicalement différent, un monde qui n’existe pas à présent et qui n’a jamais existé ; un monde, de plus, qui n’est pas tourné vers nos idées actuelles sur le progrès et le futur. Comme chacun de ces auteurs l’observe, la menace posée par le réchauffement requiert une action politique d’un ordre et d’une magnitude différente de tout ce qui peut être proposé actuellement : le business as usual ne suffira pas. Il est inquiétant que des penseurs si clairvoyants sur les dynamiques conjointes du capitalisme et de la nature apparaissent bloqués quant à la manière dont nous pourrions en sortir. Mais ils sont sans aucun doute dans le vrai lorsqu’ils disent que le changement climatique façonnera la politique dans un futur proche, un futur qui se réduit de jour en jour.

Ainsi, bien que Mann et Wainwright et d’autres partisans d’un possible X climatique n’éprouvent pas le besoin de dresser des plans, quelques questions difficiles exigent néanmoins leurs réponses. Comment le secteur de l’industrie fossile massif et mondial peut-il être démantelé sans une coercition étatique ? Comment un mouvement anti-souverain et anti-capitaliste peut-il empêcher les ultra-riches de décamper vers des contrées du monde raisonnablement plus stables ? Comment des boycotts et des grèves massives doivent-elles être organisées, et non pas seulement imaginées ? Qu’est-ce qui peut empêcher le remplacement de la force publique par la force privée ?

Bien sûr, nombreux à gauche sont les gens insouciants de la question de l’État, vraisemblablement parce qu’il faut s’en emparer d’abord et se poser des questions ensuite. Ceux qui ont tendance à penser que le pouvoir étatique est nécessaire pour entreprendre les projets requis pour faire face au changement climatique devraient eux aussi en dire plus : comment pensons-nous que le « bon État » providence et les écoles publiques puissent être dissociés du « mauvais État » de la guerre et des prisons ? Comment imaginons-nous gagner concrètement assez de pouvoir pour l’utiliser utilement ? Et comment pouvons-nous alors le transformer plutôt que de nous retrouver transformés par lui ?

Bombay bicycle club

Manger, dormir, se réveiller, rien que toi

Il fait si froid dans les airs, mets le bouton dans mon oreille, commence la première note

Je peux voir où tu es, rêver où tu es
La chanson ne finira-t-elle jamais?
Nous sur le lit à un demi mètre de distance
Cœurs maladroits battant de plus en plus vite, de plus en plus vite
Nous allons couper à travers le parc, restez sur le chemin
Je ne peux pas suivre le chemin parce que je ne rêve que de toi

Manger, dormir, se réveiller, rien que toi

Je ne peux pas le dire extérieurement
Donc tout ce que j’ai sont des souvenirs
Ces regards au début, les mots dans le noir
Mais jamais une flamme, nous voulions juste l’étincelle
Cœurs maladroits battant de plus en plus vite, de plus en plus vite

Nous allons couper à travers le parc, restez sur le chemin
Je ne peux pas suivre le chemin parce que je ne rêve que de toi

Eat, sleep, wake, nothing but you

It’s so cold in the air, put the bud in my ear, first note start

I can see where you are, dream where you are
Will the song never end?
Us on the bed half a meter apart
Awkward hearts beating faster and faster, faster and faster
We’ll cut through the park, stick to the path
I can’t stick to the path ’cause I dream about nothing but you

Eat, sleep, wake, nothing but you
Eat, sleep, wake, nothing but you
Eat, sleep, wake, nothing but you

I may not say it outwardly
So all I have are memories
Those looks at the start, the words in the dark
But never a flame, we just wanted the spark
Awkward hearts beating faster and faster, faster and faster

We’ll cut through the park, stick to the path
I can’t stick to the path ’cause I dream about nothing but you