L'apocalypse des écologistes radicaux

Le gouvernement australien envisage de sévir face au discours « apocalyptique » des écologistes radicaux

En Australie, des protestataires organisent régulièrement des « actions de boycott secondaire » visant à pousser les entreprises locales à ne pas conclure d’accord avec l’industrie du charbon. Face à ce phénomène, le gouvernement du « Down Under » a affirmé ce vendredi vouloir sévir contre une frange radicale écologiste au discours qualifié d’« apocalyptique. »

Le gouvernement conservateur australien, indéfectible soutien de l’industrie du charbon, a menacé vendredi de sévir contre une frange radicale écologiste au discours qualifié d’« apocalyptique », au moment où se multiplient les manifestations pour le climat.

Le Premier ministre Scott Morrison a déclaré lors d’une importante conférence rassemblant des professionnels du secteur minier que son gouvernement cherchait à légiférer contre les protestataires organisant des « actions de boycott secondaire », qui visent à pousser les entreprises à ne pas conclure d’accord avec l’industrie minière.

« Nous travaillons pour identifier les mécanismes qui permettront de rendre illégales ces pratiques égoïstes qui menacent les conditions de vie des Australiens », a déclaré Scott Morrison lors de cet événement dans l’État du Queensland (nord-est), très riche en ressources.

« Le droit de manifester n’implique pas qu’il y ait un permis illimité de perturber la vie des gens et de manquer de respect aux concitoyens australiens. »

Une « menace sournoise » pour l’économie australienne

Scott Morrison a encore durci le ton sur la question climatique depuis sa victoire surprise aux élections en mai. Certains considèrent que son pari de soutenir un projet minier controversé du groupe indien Adani dans le Queensland, avant le scrutin, avait fait pencher la balance.

Conduit par Adani, le projet Carmichael de mine de charbon près de la Grande Barrière de Corail est depuis son origine plombé par des problèmes judiciaires et réglementaires.

Mais il est aussi la cible de l’activisme d’organisations dénonçant sans relâche son impact environnemental. Certaines ont lancé une campagne pour demander aux entreprises de ne pas collaborer avec Adani.

L’actuel Premier ministre a affirmé que ces organisations faisaient planer une « menace sournoise » sur l’économie.

Une dépendance au charbon

« Il existe de nouvelles menaces pour l’avenir du secteur des ressources », a-t-il dit. « Un nouveau genre d’activisme radical avance, apocalyptique dans son ton, hermétique au compromis, c’est tout ou rien, n’autorisant aucune opinion différente. »

Le Premier ministre avait défrayé la chronique en 2017 en brandissant comme un trophée dans la Chambre des représentants un morceau de charbon et en lançant ironiquement à l’assistance : « N’ayez pas peur ! »

Selon l’Agence internationale de l’Énergie, l’Australie, avec ses 25 millions d’habitants et son économie très dépendante du charbon, arrivait en 2016 deuxième au classement des pires pollueurs de la planète par habitant, derrière l’Arabie saoudite en matière d’émissions.

Des réductions d’émissions de CO2 attendues pour 2030

Issu du Parti libéral, Scott Morrison reconnaît la réalité du réchauffement climatique mais affirme que le problème peut se gérer sans pénaliser l’économie australienne.

Il oppose une fin de non-recevoir à ceux qui lui demandent d’en faire davantage pour le climat, tout en assurant que son pays tiendra ses engagements de réduire ses émissions de 26 % à 28 %, par rapport à leur niveau de 2005, d’ici 2030.

« L’Australie ne signera pas un chèque en blanc concernant son économie » pour un combat « qui implique une action du monde entier », a dit vendredi celui qui a boudé en septembre le sommet spécial de l’ONU sur le climat.

L’île-continent a récemment été le théâtre de nombreuses manifestations pour le climat, notamment en octobre avec la campagne « Extinction Rebellion ».

Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées mardi lors d’un rassemblement contre une conférence du secteur minier à Melbourne.

« Contre notre mode de vie »

Le ministre de l’Intérieur Peter Dutton, « faucon » au sein du gouvernement, a également menacé vendredi de sévir contre les activistes de la cause climatique qui sont « complètement contre notre mode de vie ».

« La plupart ne croient même pas en la démocratie », a-t-il estimé en suggérant que ces protestataires soient contraints de payer la facture des déploiements de force de l’ordre qu’ils occasionnent en manifestant.

L’ONG Human Rights Law Centre a défendu la légitimité des campagnes de boycott en jugeant « profondément préoccupants » les propos de M. Morrison. « Pour protéger notre démocratie et assurer un meilleur avenir pour tous les Australiens, le gouvernement devrait renforcer notre droit à manifester et non l’affaiblir. »

Le Premier ministre Scott Morrison a déclaré lors d’une importante conférence rassemblant des professionnels du secteur minier que son gouvernement cherchait à légiférer contre les protestataires organisant des « actions de boycott secondaire », qui visent à pousser les entreprises à ne pas conclure d’accord avec l’industrie minière.

« Nous travaillons pour identifier les mécanismes qui permettront de rendre illégales ces pratiques égoïstes qui menacent les conditions de vie des Australiens », a déclaré Scott Morrison lors de cet événement dans l’État du Queensland (nord-est), très riche en ressources.

« Le droit de manifester n’implique pas qu’il y ait un permis illimité de perturber la vie des gens et de manquer de respect aux concitoyens australiens. »

Une « menace sournoise » pour l’économie australienne

Scott Morrison a encore durci le ton sur la question climatique depuis sa victoire surprise aux élections en mai. Certains considèrent que son pari de soutenir un projet minier controversé du groupe indien Adani dans le Queensland, avant le scrutin, avait fait pencher la balance.

Conduit par Adani, le projet Carmichael de mine de charbon près de la Grande Barrière de Corail est depuis son origine plombé par des problèmes judiciaires et réglementaires.

Mais il est aussi la cible de l’activisme d’organisations dénonçant sans relâche son impact environnemental. Certaines ont lancé une campagne pour demander aux entreprises de ne pas collaborer avec Adani.

L’actuel Premier ministre a affirmé que ces organisations faisaient planer une « menace sournoise » sur l’économie.

Une dépendance au charbon

« Il existe de nouvelles menaces pour l’avenir du secteur des ressources », a-t-il dit. « Un nouveau genre d’activisme radical avance, apocalyptique dans son ton, hermétique au compromis, c’est tout ou rien, n’autorisant aucune opinion différente. »

Le Premier ministre avait défrayé la chronique en 2017 en brandissant comme un trophée dans la Chambre des représentants un morceau de charbon et en lançant ironiquement à l’assistance : « N’ayez pas peur ! »

Selon l’Agence internationale de l’Énergie, l’Australie, avec ses 25 millions d’habitants et son économie très dépendante du charbon, arrivait en 2016 deuxième au classement des pires pollueurs de la planète par habitant, derrière l’Arabie saoudite en matière d’émissions.

Des réductions d’émissions de CO2 attendues pour 2030

Issu du Parti libéral, Scott Morrison reconnaît la réalité du réchauffement climatique mais affirme que le problème peut se gérer sans pénaliser l’économie australienne.

Il oppose une fin de non-recevoir à ceux qui lui demandent d’en faire davantage pour le climat, tout en assurant que son pays tiendra ses engagements de réduire ses émissions de 26 % à 28 %, par rapport à leur niveau de 2005, d’ici 2030.

« L’Australie ne signera pas un chèque en blanc concernant son économie » pour un combat « qui implique une action du monde entier », a dit vendredi celui qui a boudé en septembre le sommet spécial de l’ONU sur le climat.

L’île-continent a récemment été le théâtre de nombreuses manifestations pour le climat, notamment en octobre avec la campagne « Extinction Rebellion ».

Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées mardi lors d’un rassemblement contre une conférence du secteur minier à Melbourne.

« Contre notre mode de vie »

Le ministre de l’Intérieur Peter Dutton, « faucon » au sein du gouvernement, a également menacé vendredi de sévir contre les activistes de la cause climatique qui sont « complètement contre notre mode de vie ».

« La plupart ne croient même pas en la démocratie », a-t-il estimé en suggérant que ces protestataires soient contraints de payer la facture des déploiements de force de l’ordre qu’ils occasionnent en manifestant.

L’ONG Human Rights Law Centre a défendu la légitimité des campagnes de boycott en jugeant « profondément préoccupants » les propos de M. Morrison. « Pour protéger notre démocratie et assurer un meilleur avenir pour tous les Australiens, le gouvernement devrait renforcer notre droit à manifester et non l’affaiblir. »

https://www.ouest-france.fr

Thomas Piketty : « Après le déni climatique, le déni inégalitaire »

CHRONIQUE

Pour bâtir de nouvelles normes de justice acceptables par le plus grand nombre, il est indispensable de pouvoir mesurer les efforts demandés aux différents groupes sociaux, recommande l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

Agnes Obel – Broken sleep

Broken sleeep, all too human
A malady
It’s gazing through when I

[Chorus]
(Dream me a dream soft as a pillow)
(Dream me a dream)
(Deep in the night ’til the morning will follow)
Dream me a dream
(Dream me a dream)
Dream me a dream
(Dream me a dream)
Dream me a dream

[Verse 2]
Shapes of smoke, all too human
They grow like titans

[Chorus]
I would like to fall, silence every call
(Will you level me with a dream?)
If I will (Fall) fall, fall
I would like to fall (Fall asleeep)
Silence every call (Will you level me with a dream?)
If I will (Fall), I will fall

[Verse 3]
Twisted rope defies all I know (Ooh)
It holds my reason

[Chorus]
(Dream me a dream soft as a pillow)
I will (Dream me a dream)
Dream me a dream
(Deep in the night ’til the morning will follow)
I will (Dream me a dream)
Dream me a dream

[Verse 4]
Sea of trees calling humans
Hang like leaves from the willow

[Chorus]
I would like to fall, silence every call
(Will you level me with a dream?)
If I will (Fall) fall, fall
I would like to fall (Fall asleeep)
Silence every call (Will you level me with a dream?)
If I will (Fall), I will fall

[Post-Chorus]
Take my word for it
Ooh, in the dark, in the dark
In the dark, words can follow

Dormir brisé, trop humain
Une maladie
Il regarde à travers quand je

[Refrain]
(Rêve-moi un rêve doux comme oreiller)
(Rêve-moi un rêve)
(Au plus profond de la nuit jusqu’au matin suivra)
Rêve moi un rêve
(Rêve-moi un rêve)
Rêve moi un rêve
(Rêve-moi un rêve)
Rêve moi un rêve

[Verset 2]
Formes de fumée, trop humaines
Ils grandissent comme des titans

[Refrain]
Je voudrais tomber, faire taire chaque appel
(Voulez-vous me niveler avec un rêve?)
Si je vais (tomber) tomber, tomber
Je voudrais tomber (Fall asleeep)
Silence à chaque appel (Voulez-vous me niveler avec un rêve?)
Si je vais (tomber), je tomberai

[Verset 3]
La corde torsadée défie tout ce que je sais (Ooh)
Ça tient ma raison

[Refrain]
(Rêve-moi un rêve doux comme oreiller)
Je vais (Dream me a dream)
Rêve moi un rêve
(Au plus profond de la nuit jusqu’au matin suivra)
Je vais (Dream me a dream)
Rêve moi un rêve

[Verset 4]
Mer d’arbres appelant les humains
Accrochez-vous comme des feuilles au saule

[Refrain]
Je voudrais tomber, faire taire chaque appel
(Voulez-vous me niveler avec un rêve?)
Si je vais (tomber) tomber, tomber
Je voudrais tomber (Fall asleeep)
Silence à chaque appel (Voulez-vous me niveler avec un rêve?)
Si je vais (tomber), je tomberai

[Post-Chorus]
Prends ma parole
Ooh, dans le noir, dans le noir
Dans le noir, les mots peuvent suivre

Corinne Morel Darleux : «Refuser un poste, sortir de la surconsommation, c’est affirmer que cette société ne nous convient pas» – Libération

Corinne Morel Darleux : «Refuser un poste, sortir de la surconsommation, c’est affirmer que cette société ne nous convient pas» – Libération
— À lire sur www.liberation.fr/amphtml/debats/2019/10/22/corinne-morel-darleux-refuser-un-poste-sortir-de-la-surconsommation-c-est-affirmer-que-cette-societe_1759102

« Je ne vois pas comment nous pourrions échapper à une nouvelle crise financière » : entretien avec Gaël Giraud sur les années 2020

​Pour fêter 2020, Marianne a interrogé différentes personnalités sur la décennie à venir. Voici l’entretien réalisé avec Gaël Giraud, économiste, directeur de recherche au CNRS, ancien chef économiste de l’Agence française de développement.
— Read on www.marianne.net/economie/je-ne-vois-pas-comment-nous-pourrions-echapper-une-nouvelle-crise-financiere-entretien-avec

Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

Tribune

Une enquête proposant un choix entre trois modèles de société montre une préférence pour des modes de vie favorisant la proximité, les liens avec les proches et une consommation locale, constate l’économiste dans une tribune au « Monde ».

Publié le 22 novembre 2019 à 00h34

Il est souvent dit que notre époque souffre d’une panne des utopies et que les Français, en particulier, nourrissent leur pessimisme d’un déficit d’avenir désirable.

Pour tenter d’y voir plus clair, nous avons conduit à l’Observatoire société et consommation (Obsoco), avec le soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de la banque publique d’investissement Bpifrance et de la chaire ESCP-Edouard-Leclerc, une enquête approfondie auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 personnes âgées de 18 à 70 ans.

Cette enquête opère une plongée dans les imaginaires à l’œuvre au sein de la société française. Nous y avons notamment mesuré le degré d’adhésion des Français à trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » associés à des relais d’opinion, des mouvements plus ou moins organisés, qui prescrivent des priorités, des pratiques, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Il s’agit de l’utopie « techno-libérale », qui décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon ; de l’utopie « écologique », qui dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux » ; enfin, de l’utopie « sécuritaire », qui renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son indépendance économique et son identité face aux influences étrangères.

Porosité des différences

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. Les répondants ont été invités à déclarer dans quelle mesure ces modèles de société se trouvaient en phase avec leur propre conception d’une société idéale, de manière globale et aspect par aspect.

C’est l’utopie « écologique » qui sort gagnante de cette confrontation ; 55 % des répondants lui ont accordé leur meilleure note. L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (elle est l’utopie préférée de 29 % des répondants), laissant l’utopie « techno-libérale » assez loin derrière (16 %), celle-ci étant pénalisée par un rejet massif des perspectives de l’augmentation de l’humain.

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La séduction exercée par l’utopie écologique traverse les différentes strates de la société, mais les plus jeunes y sont particulièrement sensibles ; elle déborde vers une part notable des partisans des deux autres systèmes utopiques, témoignant de la porosité des préférences. Cette porosité s’étend en fait dans toutes les directions : aucun système utopique ne fait l’objet d’un franc rejet de la part d’une proportion importante de la population, et les répondants ont eu tendance en fait à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux.

La thématique de l’effondrement

L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement.

Mais l’adhésion qu’elle suscite ne s’inscrit pas seulement – comme beaucoup des aspirations appréhendées dans l’enquête – dans une logique du « contre » (l’utopie écologique contre les perspectives catastrophiques du dérèglement climatique). Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Les propositions qui décrivent les modes de vie et de consommation de l’utopie écologique sont celles qui recueillent les évaluations parmi les plus favorables à l’échelle de l’ensemble des propositions décrivant les trois systèmes utopiques.

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Ainsi, il ressort qu’une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. De manière cohérente, 56 % des Français interrogés déclarent vouloir « consommer mieux », dont 36 % seraient disposés pour cela à « consommer moins mais mieux », soit sensiblement plus que les 21 % qui affirment vouloir « consommer plus ».

Les Français interrogés ont également clairement exprimé leur désir, dans un monde idéal, de consacrer une part importante du temps disponible à faire plus de choses par eux-mêmes (bricoler, jardiner, cuisiner, fabriquer, réparer…) et à s’adonner à leurs passions. Clairement, l’utopie écologique semble ainsi s’être départie des imaginaires négatifs qui pouvaient être associés à l’idée de décroissance.

Des aspirations divergentes

Si l’enquête révèle également des aspirations à des changements radicaux de l’organisation du système politique et de la vie économique allant dans le sens d’une plus grande capacité de prise de parole et de participation, ce qu’ont massivement exprimé les Français ayant participé à l’enquête, c’est l’aspiration à des modes de vie, des manières d’habiter, des façons de consommer… qui, tout en répondant à la nécessité de sauver la planète, révèlent un désir de ralentissement, d’une plus forte autonomie, d’une plus grande maîtrise de sa vie et d’une volonté de lui redonner un sens que la société d’hyperconsommation a eu tendance à diluer.

Il y a là un socle qui réunit des populations qui, par ailleurs, expriment des aspirations divergentes. De quoi inspirer aux gouvernants de véritables politiques des modes de vie de nature à produire des retombées rapides sur le vécu quotidien, et aux entreprises qui œuvrent sur les marchés de consommation un sérieux repositionnement de leur proposition de valeur. Les esprits chagrins pourront en revanche déplorer qu’il est difficile de voir dans ces résultats l’adhésion à un « grand récit » ou à un projet grandiose, mais plutôt l’expression d’aspirations individualistes à une vie meilleure.

Philippe Moati est professeur d’économie à l’université Paris-Diderot et cofondateur de l’Observatoire société et consommation (Obsoco).

au-delà des grèves et des rêves

Par Edgar Morin, Sociologue — 31 décembre 2019

Le sociologue propose une pause dans le débat sur les retraites. Le sujet mérite une vraie réflexion, et non le projet actuel imposé par l’orthodoxie doctrinaire du néolibéralisme. Il met aussi en garde les acteurs du mouvement social en cours qui risque de libérer les pires forces réactionnaires.
www.liberation.fr/debats/2019/12/31/edgar-morin-au-dela-des-greves-et-des-reves_1771418

Le sociologue propose une pause dans le débat sur les retraites. Le sujet mérite une vraie réflexion, et non le projet actuel imposé par l’orthodoxie doctrinaire du néolibéralisme. Il met aussi en garde les acteurs du mouvement social en cours qui risque de libérer les pires forces réactionnaires.

Tribune. Je suis de ceux qui pensent qu’une ample discussion sur le problème des retraites aurait été un préalable nécessaire à un projet de réforme. Une réforme demande une réflexion et une pensée avant tout calcul.

Je suis de ceux qui pensent qu’une ample discussion publique aurait dû porter sur les différentes façons de vivre sa retraite, considérant ceux pour qui la retraite est une libération qui permet une nouvelle vie et ceux pour qui elle est une remise à l’écart dans une nocive inactivité, et également sur les dissemblances extrêmes du vieillissement, lequel maintient les uns en santé tandis qu’il dégrade la vie de la plupart des autres.

Je suis de ceux qui auraient aimé que la parole soit donnée à toutes les catégories de retraités actuels pour que les expériences vécues dans la retraite, du bricolage ou la garde des petits enfants à l’asile, entrent dans la connaissance des décideurs et des citoyens avant toute élaboration de projet.

Je suis de ceux qui se demandent si une unification du système des retraites serait vraiment rationnelle si elle ne respecte pas la diversité des cas et situations. Aux pénibilités du travail physique et industriel se sont ajoutées ou parfois substituées des pénibilités psychiques dues aux compressions de personnels et surcharges de l’hypercompétitivité. Ne serait-il pas alors possible de trouver les moyens de combiner unité et diversité ?

Je suis de ceux qui pensent que la prolongation physique de la vie comporte trop de différences dans le vieillissement et la santé selon classes sociales, origines et métiers pour fixer un avancement de l’âge de la retraite. L’allongement de la quantité de vie n’entraîne pas de lui-même allongement de la qualité de vie. Par ailleurs la prolongation de l’espérance de vie n’est qu’une hypothèse qui peut être contrariée par la dégradation des conditions de vie ou la progression actuelle de maladies chroniques.

Comme il m’est évident que l’âge proposé (et peut-être imposé) est déterminé avant tout par des considérations budgétaires, il obéit non pas à une rationalité réformatrice, mais à une rationalité économiste ou plutôt financière, imposée par l’orthodoxie doctrinaire du néolibéralisme. Les promoteurs de cette rationalité ne voient pas son irrationalité.

Je suis de ceux qui pensent que la révolte contre la réorganisation standardisante des retraites, dite réforme, tient non seulement ou principalement à des intérêts corporatistes lésés ou des privilèges, qui ne semblent tels qu’aux vrais privilégiés, mais à une réaction populaire profonde contre une politique réactionnaire abolissant les unes après les autres les conquêtes sociales du siècle passé.

Ainsi je suis de ceux qui pensent que le soulèvement français si singulier, né des gilets jaunes et se renouvelant dans les grèves de décembre, s’intègre dans un soulèvement de peuples de divers continents. Les plus frappantes et hélas les plus frappées sont celles où la nouvelle sainte Alliance des pouvoirs politiques et des pouvoirs financiers est établie.

Je suis donc de ceux qui comprennent ce soulèvement, sans en méconnaître les scories de haines, d’égarements, de violences dans sa grande révolte et sa grande fraternisation. J’ai connu les scories de notre merveilleuse libération de Paris avec ses femmes tondues et ses délations de vengeance.

Je suis également de ceux qui sont convaincus que la voie politique économique, sociale, propulsée par le triple moteur déchaîné et incontrôlé science-technique-économie conduit à des catastrophes en chaîne affectant le devenir de l’humanité.

Mais je pense que la Révolution nécessaire est présentement impossible. Je pense même qu’une Voie de métamorphose progressive, bien qu’elle soit définie par quelques-uns dont l’auteur de ces lignes, ne peut être suivie faute d’une pensée fondée sur une conception complexe du monde, de la vie, de l’humain, de la société, de l’histoire, faute d’une organisation d’avant-garde annonçant, préparant, agençant la nouvelle Voie.

Alors voici ma crainte fondée sur la conscience qu’une action n’obéit pas nécessairement à son intention, mais subit les détournements et parfois pire son propre retournement contraire à l’intention. Ainsi les printemps libérateurs ont aussi libéré des forces réactionnaires qui les ont abolis et institués souvent un regel pire que celui qui précédait. Il en fut ainsi du printemps arabe de 2010-2011, du printemps européen de 1848, de la révolution russe émancipatrice de 1917 devenue asservissante. Les forces les plus progressistes déclenchent les pires forces réactionnaires, qui peuvent être écrasées, mais risquent d’être écrasantes.

Je crains donc que le soulèvement populaire ne débouche non seulement sur une répression réactionnaire, mais sur une aventure qui conduirait au pouvoir du Rassemblement national ou de quelque néo-dictature.

Aussi je pense qu’un compromis puisse être une issue provisoire : un compromis est une demi-victoire ou une demi-défaite selon qu’on le voie comme une bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Il favoriserait une pause historique où nous pourrions réfléchir enfin à comment résister à la régression planétaire envahissant tous continents, comment sauver les avant-gardes en les faisant arrière-garde contre la régression, comment élaborer la nouvelle pensée la nouvelle politique, les nouveaux modes d’organiser l’action.