Soutenance écrite

Formations Bio Sainte Marthe : Formation Maraîcher Bio indépendant en microferme

module 2

Ferme formatrice : chez Nathalie Carre, O’bio Jardin

La Brande 36400 Saint Christophe en Boucherie, du 16/09/2019 au 15/11/2019 Coordinateurs pédagogiques : Hervé Valoteau, Didier Hoeffelin

1.        Connaissance du sol 3

1.1      Environnement (observation) 3

a)…… Ensoleillement 3

b)…… Vents dominants – Reliefs – Pluviométrie – Faune – Flore. 3

c)…… Conception des espaces. 3

d)…… Texture et structure du sol 3

e)…… Plantes bio-indicatrices du lieu.. 3

1.2.     Supports de cultures et amendements. 4

a)…… Préparation type et périodes. 4

b)…… Amendements. 4

c)…… Normes d’hygiène et sanitaires concernant les amendements. 5

2.        Techniques d’agriculture Vivrière. 6

2.1. Organisation du lieu de production. 6

a)…… Infrastructure minimum.. 6

b)…… Organisation des jardins. 6

c)…… Consommables nécessaires à la production de légumes. 8

2.2. Planifications des cultures. 8

a)…… Variétés adaptées au sol et climat 8

b)…… Parcours cultural des légumes à cultiver 8

c)…… Planifications. 8

d)…… Optimisation du support de production.. 9

e)…… Objectif production : semences et surface nécessaire. 9

2.3. Semer et planter 9

a)…… Préparation d’un lit de semences en pleine terre. 9

b)…… Profondeur des semis selon le calibre de la graine. 10

c)…… Semer efficacement dans un support de semis hors sol 10

d)…… Plantation des différentes familles de légumes. 10

e)…… Gestion d’une serre à plants. 11

f)……. Système d’irrigation.. 11

2.4.     Suivi des cultures, entretiens et soins. 11

a)…… Maitrise de l’enherbement des cultures. 11

b)        Taille des légumes pour l’amélioration du calibre et réduire les risques de maladies. 11

c)…… Légumes à conduire en hauteur 12

d)…… Principaux ravageurs et maladies par famille de légumes. 13

e)…… Actions préventives et curatives pour limiter ravageurs et maladies. 14

f)         Normes sanitaires et environnementales pour les produits phytosanitaires utilisables en AB.. 14

3.        Commercialisation. 14

3.4.     Récolte et conditionnement 14

a)…… Récoltes des différents légumes. 14

b)…… Norme d’hygiène (ex : Pack hygiène) – Organisme de contrôle (DRAAF) 15

3.5.     Prix de vente. 15

a)…… Objectifs de ventes et chiffre d’affaires annuel 15

b)…… Marché des légumes bio (prix moyens pratiqués) 15

c)…… Valorisation.. 16

4.        Parcours à l’installation. 17

4.4.     Choix des statuts juridique, fiscal et social 17

4.5.     Démarche administrative. 17

5.        Annexes. 18

5.4.     Biographie. 18

5.5.     Environnement 18

a)…… Présentation du lieu.. 18

b)…… Description du lieu.. 18

5.6.     Projet 20

a)…… Le projet 20

b)…… Quel sens. 20

c)…… Objectifs. 20

5.7.     Calendrier prévisionnel 21

5.8.     Itinéraires culturaux. 21

5.9.     Objectifs de ventes et chiffre d’affaires annuel 22

a)…… Prévisionnel N (2021) 22

b)…… Prévisionnel N+1 (2022) 22

5.10.   Planification. 23

a)…… Année N (2021) 23

b)…… Année N+1 (2022) 24

5.11.   Business plan. 25

a)…… Investissement initial 25

b)…… Crédit consommation.. 25

c)…… Résultat prévisionnel 26

5.12.   Rappels. 28Bibliographie et liens  31

1.   Connaissance du sol

1.1         Environnement (observation)

a)    Ensoleillement

  • Ensoleillement : 1900h/an (Sunearthtools, 2019, details en annexes)

b)    Vents dominants – Reliefs – Pluviométrie – Faune – Flore

  • Vents dominants (Bise) parallèles à la barre de l’Epine : altitude 1500m orienté N-E
  • Pente vers l’est, 8% maxi 4% en partie basse
  • Pluviométrie moyenne : 1500mm/an (pour plus de détails voir annexes)

L’environnement est relativement peuplé (habitat diffus), la faune observée est caractéristique des zones préalpines agricoles.

c)             N Conception des espaces 

Haies – Mares – Zones sauvages 

La haie suivant la direction N-O sera enrichie et soignée et marquera une séparation entre le verger et la partie maraichère. En bas, en bordure de propriété, des massifs ornementaux et un petit potager sur butte permanente tressée sont en développement et permettront d’accueillir la biodiversité et égayer les néo-jardiniers et les voisins tout en marquant une séparation avec la route.

La haie de séparation N-E sera renforcée en plantant des arbrisseaux dans le but de contrer les résidus du vent dominant.

Une mare sera présente dans le bas du terrain, elle collectera les eaux pluviales des serres 1 et 2, le complément sera tiré de l’eau de la ville.

Une deuxième mare à l’extrémité opposée du terrain pour collecter les eaux de ruissellement par des tranchées, sera réalisée ultérieurement, depuis le verger en suivant la pente.

3 ruches d’abeilles domestiques seront postées au pied de la butte entre le verger et les serres, 3 ultérieures en partie opposée non loin du potager ornementale.

Au sommet de la colline à proximité du verger il y a des bosquets, ils seront entretenus et ils fourniront des éléments utiles aux cultures.

Serres – Planches de culture

Les serres seront installées suivant la pente du terrain et perpendiculaires au vent dominant, les planches avec un léger terrassement seront construites parallèles aux courbes de niveaux (N-E)

Des cultures de petits fruits seront plantées aux pieds des arbres du verger.

Ajouts progressifs : 4 massifs de plantes aromatiques aux coins des serres et vigne tous les 2 arceaux.

d)    Texture et structure du sol

Aucune intervention humaine depuis des générations (pas de traces, pas de cultures)  et des prairies sur plusieurs ha en partie haute du terrain (élevage laitier bio).

Le sol est sans limon, il est constitué de 65% d’argile et 35% de sable. La roche mère est du calcaire du Jura, il demandera un bon travail pour l’aérer et un amendement régulier (apport de craie broyée si possible). Il est très riche en matière organique.

e)    Plantes bio-indicatrices du lieu

Trèfle blanc (Trifolum repens) et Bugle rampant (Ajuga reptans) : caractéristiques des sols hydro morphiques (souvent engorgé en eau) avec de très fort contrastes hydriques. Richesse du sol en bases et en MO azoté voir ++<compactage des sols (Redactibio, 2019). Pour les détails du design voir Annexes : 5.2 et

1.2.       Supports de cultures et amendements

a)    Préparation type et périodes

Actuellement en prairie, je vise, avant toutes interventions, la certification bio.

Voici les opérations prévues pour la suite :

  • Déchaumage en début d’automne suivi d’un labour superficiel (<25cm) avec la charrue réversible ou la charrue déchaumeuse ou la rotobeche attelée sur un tracteur (40cv mini). Après l’hiver passé sous bâches, passage d’un cultivateur (outil à dent type herse), si culture d’engrais verts : broyeur et rotovator.
  • Enterrer l’irrigation principale (PE Ø65mm) dans caniveaux en béton après avoir creusé les tranchées à la minipelle
  • Avec un porte-outil (BCS 770) et une herse rotative avec barre niveleuse et rouleau je brise les mottes ou je décompacte les zones intéressées et je peux préparer les planches (profondeur 5-8cm)
  • J’entretiens les planches (je peux également en créer de nouvelles très rapidement) grâce à une charrue rotative (Groundblaster). Elle pourra être mise à profit pour les zones où les légumes n’ont besoin que d’un terrain grumeleux (cucurbitacées, brassicacées)
  • Pour amender et incorporer du compost et du fumier dans les serres, pour les légumes gourmands, le porte-outil sera équipé de la herse rotative qui permettra enfin d’obtenir un lit de semence idéal (Gramegna ou Rinaldi)
  • Nous utiliserons les outils manuels pour atteindre les zones non accessibles au motoculteur (houe, houe bêche pour finaliser les tranchées, râteaux et râteau à gazon seront utilisés pour les planches déjà en culture (ou pour des travaux ponctuels). Pour aérer et décompacter le potager et les pieds des arbres je pourrai compter sur une grelinette et une campagnole.

Exemple de préparation de sol adapté pour les pommes de terre en annexe (5.5. Itinéraires culturaux) et mémoire m1*.

b)    Amendements

L’implantation de culture, la fertilisation (dose) et sa forme seront extraites du Guide Technique tome 2 de l’ITAB, du tome 2 partie VIII de Vivre avec la Terre et du guide de culture du catalogue Agrosemens qui sont précieux également pour les autres paramètres et pratiques culturales : semence, T°C levée, durées, périodes. (pour plus de détails voir bibliographie)

  • Amendements organiques : lisiers, fumiers, compost de fumiers, compost de déchets verts et bois raméal fragmenté (BRF). Apport de matière pour enrichir et structurer le sol – restitution d’une partie aux cultures. Pour une meilleure complémentarité des apports je vais associer matière organique végétal avec matière organique animal.
  • Engrais organiques : Un élevage laitier bio est tout proche (haras à chevaux à prospecter). Ce fumier sera utile pour fertiliser les plantes (éléments minéraux immédiatement disponibles).
  • Engrais et amendements minéraux : apport complémentaire, il améliore la stabilité du sol, il permet une modification du pH, de la composition de la solution du sol ainsi que de l’activité microbienne. Une partie de ces minéraux sont présents dans les amendements et engrais organiques.
  • Engrais verts : apport de matière organique végétale fraiche, rotation et diversification des cultures, limitation de la repousse des adventices, structuration du sol, stimulation de l’activité biologique, limitation de l’érosion du sol et du lessivage grâce à la couverture (pag.294 et succ., Vivre avec la Terre op.cit.).

Une attention particulière sera portée à la culture d’engrais verts à cycle court en fin de culture, de la luzerne et céréales pour toute la période de rotation même sous serre (broyage des engrais 2 mois avant semis ou plantation, ils seront incorporés 3 semaines avant plantation), les explications sur le blé jardiné de la ferme du Bec Hellouin (op.cit. pag.853 tome III) en utilisant les exemple de la culture familiale du blé (P.Sauvageot, P.Grillo, 1943) et les expériences de J.Jeavons et M.Bonfils sont très intéressantes.  Une rencontre avec Fréderic Thomas est prévue.

Les doses sont à adapter en fonction du type de culture en place et à venir (culture gourmande ou non) et du type de sol (carence potentielle). Cependant, il existe une règlementation concernant les dosages (voir partie 1.2.c).

c)    Normes d’hygiène et sanitaires concernant les amendements

Les normes à suivre et leurs mises à jour sont disponibles sur différents sites web.

Ci-dessous un bref résumé :

Article 3 du règlement (CE) n°886/2008, Gestion et fertilisation des sols :

« 1. Lorsque les mesures prévues à l’article 12, paragraphe 1, points a), b) et c) du règlement (CE) n°834/2007 ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels des végétaux, seuls les engrais et amendements du sol énumérés à l’annexe 1 du présent règlement peuvent être utilisés dans la production biologique, et uniquement suivant les besoins. Les opérateurs conservent des documents justificatifs attestant la nécessité de recourir à ces produits ». L’article 12, paragraphe 1, points a), b) et c) du règlement (CE) n°834/2007 indique que l’utilisation d’intrants ne peut être réalisée que si une bonne gestion des sols, une rotation importante comprenant des engrais verts et des légumineuses ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels des végétaux.

Se trouve dans cette annexe, des produits comme la farine de plumes, le guano, le tourteau, le fumier, les fientes, etc (B. Leclerc, 2012 ; Règlement (CE) n°889/2008 de la commission du 5 septembre 2008).

La directive nitrate s’applique à l’ensemble des fermes en AB. Elle indique que la quantité totale d’effluents d’élevage ne peut dépasser 170kg d’azote par an/hectare de surface agricole utilisée (donc pour le fumier, fumier séché, fiente de volaille déshydratée, compost d’excréments liquides d’animaux). Les fumiers ou excréments ne peuvent pas venir d’élevage industriel (hors sol !) en AB.

Dans le cas d’utilisation de compost de bio-déchets des ménages, l’annexe 1 du règlement (CE) n°889/2008 précise qu’ils sont soumis à une exigence de qualité concernant les seuils limites en ETM (Eléments Traces Métalliques).

Amertume

Sur les arêtes de notre amertume, l’aurore de la conscience s’avance et dépose son limon.

Fureur et mystère (1948), René Char

Grenoble se bat contre la pollution de l’air

Vu d’Allemagne

https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-grenoble-se-bat-contre-la-pollution-de-lair

Publié le 22/02/2019 – 12:0

Le maire écologiste a mis en place des mesures pour lutter contre la pollution endémique de la ville. Pour l’instant ses administrés le suivent dans sa croisade, comme l’a constaté un journaliste allemand

La télécabine est un vrai cocon : du bois foncé, de l’aluminium, des fenêtres à 360°. Et pourtant, l’ascension vers le fort de la Bastille met mal à l’aise. En regardant par les fenêtres en Plexiglas, on croit discerner ce qui ne relevait encore que de la pure théorie en grimpant dans la télécabine : la catastrophe climatique qui plane sur Grenoble.

Il en est question dans une plaquette éditée par la mairie. Grenoble est un îlot thermique, peut-on y lire. La densité du bâti fait du centre-ville un gigantesque accumulateur de chaleur. Les espaces verts ne sont pas assez nombreux pour rafraîchir l’atmosphère et la situation de la ville dans une cuvette empêche les échanges d’air avec les alentours. À l’horizon 2050, le mercure devrait afficher des températures supérieures à 35 °C quarante-trois jours par an – ce qui s’accompagnera d’une concentration dangereuse de polluants et d’ozone dans l’atmosphère.

Ce tableau peut sembler alarmiste. Mais, vu d’en haut, le phénomène de cuvette décrit dans la plaquette prend tout son sens. Sur les montagnes alentour, nul arbre ni arbuste. La vallée est une mer de maisons. La situation n’est pourtant pas sans espoir. Car Grenoble se rebiffe. En première ligne, Éric Piolle, maire écologiste d’une grande ville française.

Pendant les pics de pollution, vitesse à 20 km/h

Sur la protection de l’environnement, l’édile [élu en 2014] reste inflexible. Ceux qui cherchent à se mettre en travers de sa croisade écolo l’ont surnommé “Pol Piolle” – en référence au régime de terreur instauré par l’ancien dictateur cambodgien Pol Pot. À 45 ans, l’homme se décrit lui-même comme un “combattant optimiste”. Cet ingénieur et ancien cadre chez Hewlett-Packard se bat pour une Grenoble verte. Il a généralisé la limitation de vitesse à 30 kilomètres par heure en ville et réduit la vitesse maximale autorisée de 20 kilomètres par heure sur le reste du réseau pendant les pics de pollution. En créant des pistes cyclables à travers la ville, de nouvelles lignes de tram et des zones piétonnes, il fait la part belle aux moyens de locomotion alternatifs… et complique la vie des automobilistes.

L’écologiste a également introduit une vignette obligatoire le 1er janvier 2017. Selon leurs émissions, les voitures reçoivent un autocollant vert, violet, jaune, orange, marron ou gris. Les utilitaires jugés très polluants héritent d’un macaron gris ou marron et ne sont plus autorisés à pénétrer dans le centre-ville et dans les quartiers limitrophes en semaine, entre 6 heures et 19 heures. Pendant les pics de pollution, les foudres de l’interdiction s’abattent sur tous les véhicules arborant une vignette grise ou marron.

[Au printemps 2019], Éric Piolle passera à l’étape suivante. Les “zones à circulation restreinte” de Grenoble doivent donner naissance à la plus grande “zone à faibles émissions” (ZFE) de France. Neuf communes voisines souhaitent se greffer aux restrictions de circulation fixées par le maire. Les camions qui roulent au gazole, y compris les plus récents, se verront interdire l’accès à la nouvelle ZFE. À l’horizon 2025 au plus tard, la plupart des autres utilitaires en seront également banni

Généraliser les réflexes écologistes

Contrairement à ce que pourraient laisser croire les sarcasmes sur “Pol Piolle” et l’envergure du projet, ce père de quatre enfants mise moins sur la peur de l’amende que sur l’envie d’adopter un comportement écoresponsable. “Je veux que la protection de l’environnement devienne un plaisir”, dit-il. C’est la seule manière, poursuit-il, de faire émerger de nouveaux réflexes durables, comme celui de laisser sa voiture à l’entrée de la ville dans l’un des huit gigantesques parkings prévus à cet effet. Lui-même chevauche son vélo de fonction pour aller au bureau. Sur la roue avant, il a installé un panier. “Pour les dossiers”, dit-il.

Et qu’y a-t-il de plus agréable que de faire du vélo à Grenoble ? Moyennant un forfait journalier de 3 euros, une employée de la société Métrovélo me remet à la gare le vélo n° 8125, jaune citron et étonnamment léger. On peut presque tout faire avec, puisqu’à Grenoble on permet tout aux cyclistes, ou presque. On prend les sens uniques à contresens sans ciller, on emprunte de larges couloirs de circulation réservés naguère aux voitures et désormais chasses gardées des vélocipèdes. C’est peut-être la règle dans les pays déjà pris d’assaut par la petite reine, comme les Pays-Bas, mais en France c’est une révolution.

Sur les rives de l’Isère, on découvre un des jardins partagés commandés par Éric Piolle. Les habitants peuvent y faire pousser des fleurs ou des légumes. Dans ce paysage urbain, les jardins sont des taches colorées qui attirent d’autant plus le regard que les panneaux publicitaires et les enseignes lumineuses ne leur font guère de concurrence. Éric Piolle a promis à ses administrés “une ville apaisée”. Les injonctions à consommer, juge-t-il, s’accordent mal avec cet objectif. L’édile les a donc bannies de l’espace public. À Grenoble, le tram s’arrête devant des bancs gris et de banales vitres en Plexiglas.

Au guidon de notre vélo, nous rencontrons cependant aussi des réfractaires au changement. Jérémie Granier ne s’est pas encore résigné. Le gérant de la brasserie Chavant est hors de lui. Les habitués de cette adresse cossue fondée en 1852 désertent les lieux, tempête-t-il. Ils préfèrent les restaurants accessibles en voiture devant lesquels on peut se garer. Le chiffre de la brasserie a fondu de 20 %. “Éric Piolle est incorrigible”, vitupère le patron. À la tête d’une alliance composée des Verts, du Parti de gauche et du mouvement Ades, qui occupe 42 des 59 sièges du conseil municipal, le maire n’écouterait plus ses détracteurs. Grenoble serait au bord du krach économique sous la férule d’un dictateur vert.

Baisse des financements

“Dans chaque changement, il y a des perdants”, reconnaît Éric Piolle. [En 2017,] on a longtemps cru que les perdants feraient front commun. Le maire s’est vu contraint de demander une protection policière pour les conseils municipaux. Des CRS faisaient le pied de grue devant l’hôtel de ville. Mais la résistance s’est essoufflée.

Certains contestataires d’hier ont changé leur fusil d’épaule. Comme Anaëlle. La jeune couturière de 24 ans qui vit de petits boulots pensait pis que pendre du maire de Grenoble. Et puis la colère a laissé la place au plaisir de faire du vélo et de prendre le bus sans se ruiner. Le propriétaire d’un magasin de tissus présent à Grenoble depuis un demi-siècle a connu le même revirement. Il espère aujourd’hui qu’une ville plus écolo sera plus attrayante, ce qui se traduira tôt ou tard par des retombées sonnantes et trébuchantes.

Il n’est pas impossible qu’Éric Piolle se représente en 2020 et soit reconduit. À l’heure où les édiles sont toujours plus nombreux à jeter l’éponge en raison des coupes claires dans les dotations de l’État, le réformateur de Grenoble assure qu’il restera pour poursuivre le combat. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne se heurte pas, lui aussi, à de douloureuses contraintes financières. Faute de moyens, il a dû fermer trois bibliothèques publiques. Et il l’a mal vécu, ses idéaux n’étant pas uniquement écologiques, mais également sociaux. Les places en crèche qu’il voulait créer attendront.

Concernant son propre salaire aussi, l’édile a joué du rabot. À peine élu, Éric Piolle a réduit le salaire du maire et de son équipe municipale de 25 %. Mais de là à réduire la voilure sur la protection de l’environnement, il y a un pas que l’élu ne franchira pas.

Axel Veiel

https://is.gd/OuaPia

David Graeber, les gilets jaunes, le sol qui bouge

Pour l’anthropologue américain, le mouvement français s’inscrit dans le renouvellement des pratiques contestataires

Si l’une des caractéristiques de tout moment véritablement révolutionnaire est l’échec total des catégories conventionnelles à décrire ce qui est en train de se passer, alors nous sommes en train de vivre des temps révolutionnaires. La confusion profonde, l’incrédulité même, qu’affichent les commentateurs en France et à l’étranger face à chaque nouvel « acte » des « gilets jaunes » résulte d’une incapacité quasi complète à prendre en considération les changements du pouvoir, des travailleurs et des mouvements qui se sont élevés contre le pouvoir au cours des cinquante dernières années et en particulier depuis 2008. Les intellectuels, pour la plupart, saisissent très mal ces changements. Permettez-moi d’émettre deux suggestions quant à l’origine de cette confusion :

1. Dans une économie financiarisée, seuls ceux qui sont proches des moyens de création monétaire (les investisseurs et les classes managériales) sont en position d’employer le langage de l’universalisme. En conséquence, toute demande politique fondée sur des besoins et des intérêts particuliers tend à être traitée comme la manifestation d’une politique identitaire ; les demandes des « gilets jaunes », au vu de leur base sociale, ne peuvent être autrement imaginées que comme protofascistes.

2. Depuis 2011, la façon dont le sens commun conçoit la participation d’un individu à un mouvement démocratique de masse s’est transformée à l’échelle mondiale. Les vieux modèles d’organisation « verticaux », avec une avant-garde, ont laissé place à une horizontalité où la pratique et l’idéologie constituent les deux faces d’un même objet. L’incapacité à le saisir donne l’impression erronée que des mouvements comme celui des « gilets jaunes » sont anti-idéologiques, voire nihilistes.

Instincts antidémocratiques

Depuis que les Etats-Unis ont renoncé à l’étalon or, en 1971, la nature du capitalisme a changé. Aujourd’hui, la plupart des profits des entreprises ne dérivent plus de la production ni même de la commercialisation de quoi que ce soit, mais de la manipulation du crédit, de la dette et des « rentes réglementées ». Alors que les appareils bureaucratiques gouvernementaux et financiers sont de plus en plus enchevêtrés, la richesse et le pouvoir – notamment le pouvoir de créer de l’argent (autrement dit le crédit) – deviennent de fait la même chose.

Depuis 2008, les gouvernements injectent dans le système de l’argent neuf qui tend à affluer vers les mains de ceux qui détiennent déjà des actifs financiers et de leurs alliés technocratiques des classes managériales. En France, bien sûr, il s’agit très précisément des macronistes. Les membres de ces classes ont l’impression d’être l’incarnation de tout universalisme possible ; leur vision de l’être universel est enracinée dans le marché ; et cette atroce fusion entre bureaucratie et marché est l’idéologie reine de ce qu’on appelle le « centre politique ». Dans cette nouvelle réalité centriste, on refuse de plus en plus aux travailleurs la possibilité de l’universalisme car ils ne peuvent littéralement pas se le permettre.

La possibilité d’agir par souci pour la planète, par exemple, plutôt qu’en se pliant aux exigences de la survie, découle des formes actuelles de création d’argent et de distribution managériale des rentes ; toute personne qui est contrainte de ne penser qu’à soi-même ou aux besoins matériels immédiats de sa famille est considérée comme affirmant une identité particulière ; et si les demandes de certaines classes peuvent être tolérées et satisfaites (avec condescendance), celles de la « classe ouvrière blanche » ne peuvent être considérées que comme racistes. Aujourd’hui, on martèle étrangement que les « gilets jaunes » doivent être fascistes – même s’ils n’en ont pas conscience. Tout cela révèle l’existence d’instincts profondément antidémocratiques.

Ces nouvelles réalités, qu’il s’agisse des relations entre l’argent et le pouvoir, ou des nouvelles manières de concevoir la démocratie, ne sont pas près de disparaître. Le sol bouge sous nos pieds, et nous ferions bien de nous demander où nous voulons nous situer : du côté du pâle universalisme du pouvoir financier, ou bien du côté de ceux dont les soins quotidiens rendent la société possible ?

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David Graeber,anthropologue, est professeur à la London School of Economics