Ca tape tellement sur le ciboulot, cette épidémie, que j’ai rêvé d’un…

Ca tape tellement sur le ciboulot, cette épidémie, que j’ai rêvé d’un allocution d’Epidemiolok 1er. Mais son melon avait disparu.

Il commençait par présenter ses excuses et ses condoléances pour les 100 000 morts en ayant conscience de ses choix désastreux.

Puis il annonçait un investissement de 3 milliards €, pour partie en salaires, pour partie en matériel, pour s’engager dans une stratégie Zéro-Covid définitive. Et il égrenait, sans zozoter, une liste des choses mises en place en donnant à chaque fois un argument rationnel.

Bizarrement, il commençait par la mise à disposition d’une appli à QR code pour éviter les files statiques devant les commerçants: on arrive, on s’inscrit pour la file délocalisée et on va faire un tour au soleil. Le téléphone prévient de l’état de la file. Du Cédric O.

Ensuite il expliquait en termes simples ce que signifie une transmission par voie d’aérosols, le rôle primordial de la ventilation, les effets de sillage, même en extérieur, et comment monitorer le CO2 et en faire l’affiche dans les espaces publics.

Il trouvait un accent de vérité jusqu’ici inconnu et annonçait la réquisition par l’état d’une chaîne de fabrication de capteurs de CO2 NDIR par absorption infrarouge à 23€ de coût de revient, pour en produire 1000/jour. Il mobilisait des étudiants rémunérés pour les déployer

Il annonçait qu’il avait enfin compris que le risque variait quadratiquement avec le niveau de filtration des masques et que des masques chirugicaux bien mis, cela divisait par 100 le risque, et annonçait la commande à une PME bretonne de 10 millions de masques FFP2 par jour.

Il pensait que d’ici la fin de la semaine, des décontaminateurs de masque à UV-C sous vapeur de peroxyde d’hydrogène, avec des petits casiers numérotés permettant de les laisser 30′ heure et de retrouver ses masques propres seraient installés dans les écoles et lieux publics.

En effet, il trouvait insupportable la charge pour la planète de masques qu’on jette et entendait pleinement profiter qu’on puisse décontaminer 4 fois les masques, par un service public.

Il faisait appel au monde de la recherche, en présentant ses excuses d’avoir cru par des lectures diagonales, sans payer le coût d’entrée dans des disciplines auxquelles il n’entend rien, suppléer à ceux dont le métier vise à dire le vrai sur le monde, et aux ingénieurs.

Il leur demandait de travailler à la sécurisation des lieux publics, à commencer par les cantines scolaires et les restaurations collectives d’entreprise, mais aussi les terrasses de café, les cinoches, les salles de concert, etc, pour ajouter ventilation/aspirateurs à Covid.

Surtout, il annonçait que quand ça irait mieux, quand on ferait printemps (il ne se refait pas) plutôt qu’être pris dans cette pluie de cendres et de morts, il faudrait éviter des résurgences en étant capables d’endiguer très rapidement toute reprise épidémique.

Il n’y allait pas de main morte, le petit père Macron: il disait clairement que l’appli « Stop Covid » était inepte dans le fait même qu’elle niait les voies de transmission épidémique et que le résultat était inutilisable, et que l’investissement de l’Etat irait au bon endroit

Il annonçait 60 000 recrutements d’épidémiologistes de terrain qui feraient un travail local d’information populaire, de détection quartier par quartier des voies de propagation épidémique, d’aide à l’isolement, de prêt de purificateurs d’air, de décontamination, de tests.

Il disait qu’il avait conscience du danger que l’on puisse se servir de ces « ilotiers » à des fins répressives et que leurs droits et devoirs, et le fait qu’ils soient tenus strictement au secret médical, serait strictement encadré.

Il donnait le coût pour la société, modeste, pour déployer cette médecine préventive qui s’adapte à la manière de vivre des citoyens, qui s’appuie sur eux, plutôt que par des injonctions paternalistes venues du sommet de l’Etat.

Enfin, il passait au long terme et analysait la part de son échec due à la désindustrialisation du pays, empêchant l’Etat de produire pour répondre aux besoins, il analysait l’échec de Sanofi et celui de l’Institut Pasteur, pour le vaccins.

Il s’engageait à changer de paradigme pour l’organisation de la recherche, après 20 ans d’erreurs, et il annon…

Brebrebrebrebre.

« Vous écoutez France Culture, il est 7h15 et notre invité matin est Stanislas Dehaene. Alors, faut-il fermer les écoles? »

Credits Pr_Logos (Twitter)
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La réalité est plus complexe qu’un nucléaire diabolique et des alternatives merveilleuses

https://www.usinenouvelle.com/editorial/la-realite-est-plus-complexe-qu-un-nucleaire-diabolique-et-des-alternatives-merveilleuses-pour-jean-marc-jancovici.N1031749

Entretien Jean-Marc Jancovici, enseignant de Mines ParisTech et fondateur du cabinet Carbone 4, interpelle sur la politique énergétique française et invite à organiser la sobriété.

L’Usine Nouvelle. – Vous êtes écologiste et restez l’avocat du nucléaire, pourquoi ?

Jean-Marc Jancovici. – Et pourquoi pas ? Est-ce que moins de danger signifie obligatoirement moins de nucléaire ? Une énergie sans inconvénients, cela n’existe pas. Sans nucléaire, il y a trois possibilités : soit pas d’électricité, soit des combustibles fossiles, qui contribuent au changement climatique et à la pollution locale, soit des énergies renouvelables nécessitant une activité minière et une occupation d’espace de dix à mille fois plus importantes. La construction du barrage des Trois Gorges, en Chine, a conduit à évacuer cinq fois plus de personnes qu’à Tchernobyl. Les déchets nucléaires, qui font si peur, sont produits en toutes petites quantités, donc il existe des modes de gestion. La réalité est hélas plus complexe qu’un nucléaire diabolique et des alternatives merveilleuses. Dans notre pays, la surreprésentation médiatique chronique des inconvénients du nucléaire ne résiste pas à l’examen des faits.

À l’étranger, certaines voix écologistes s’interrogent sur la pertinence du nucléaire.

Le parti vert finlandais est désormais pro-nucléaire et, en juillet, deux anciens militants allemands anti-nucléaire ont publié une tribune appelant leur pays à conserver ses réacteurs en service et à plutôt supprimer du charbon. Ce point de vue devrait s’amplifier. Tout décarboner avec du solaire et de l’éolien à notre niveau actuel de consommation d’électricité, cela n’arrivera pas. Il faudrait probablement consommer dix ou vingt fois moins pour cela ! Il faut donc remplacer l’énergie fossile par du bas carbone « pilotable » [activable au moment souhaité, ndlr], car nous avons bâti toute notre société sur le respect des horaires.

Les capacités de stockage pourraient-elles modifier la donne sur les renouvelables ?

Aujourd’hui, il y a 7 200 gigawatts de puissance électrique installée sur terre et 170 gigawatts de puissance de stockage, c’est-à-dire 2 % de la puissance de production. Et sur ces 2 %, 0,5 % sont des batteries. Nos enfants ne verront pas une production électrique fournie pour l’essentiel par des moyens intermittents et des batteries au niveau de consommation actuel.

N’y a-t-il pas un bouquet de solutions à mettre en œuvre ?

Sur le stockage, aucune nouvelle technologie ne violera les lois de la physique. Le stockage électrochimique consiste à exciter des électrons dans des atomes de métal. Plus le métal est léger, plus il y a d’électricité stockée par unité de poids. On ne fera rien de mieux que la chimie du lithium, le métal le plus léger sur Terre. On est à 250 wattheures par kilo, on montera peut-être à 300, voire 1 000, mais pas à 10 000. Avec tout le lithium de la Terre, on ne pourrait stocker que quelques jours de la production électrique mondiale.

L’Agence internationale de l’énergie envisage une production électrique fondée sur les renouvelables…

Son scénario « zéro émission nette » relève des rêves d’Alice au pays des merveilles. Il implique de fermer les deux tiers des centrales à charbon en dix ans. C’est malheureusement irréaliste. Il prévoit aussi 5 % d’efficacité énergétique en plus chaque année, alors que depuis 1900 on n’a jamais fait mieux que 1,5 % par an en tendance longue.

La filière nucléaire française ne s’est-elle pas sabordée toute seule ? À part l’EPR, elle n’a rien en catalogue ?

Les problèmes de la filière française sont, pour partie, le résultat d’une politique de « stop and go » de l’État, au gré des enjeux électoraux. Cela finit par être délétère sur une filière du temps long. Si, le temps qu’EDF reprenne ses esprits, on demandait aux Chinois de construire trois réacteurs en France, cela ne me dérangerait pas plus que cela !

Vous excusez facilement les responsabilités passées d’EDF et d’Areva ?

Avec le premier EPR à Olkiluoto, en Finlande, Areva a voulu monter trop de marches à la fois : nouveau réacteur, nouveau pays et nouveau métier, puisqu’ils ont voulu être maître d’œuvre. Areva a donc « fauté ». Mais si l’État actionnaire avait mené une politique nucléaire constante, cohérente et informée, il aurait empêché Areva de faire cette bêtise.

Quelle serait, selon vous, une bonne politique énergétique pour la France ?

D’abord, il faut arrêter de penser « énergie égale électricité ». Il n’y a pas de raison de changer une électricité déjà décarbonée, or l’essentiel de nos moyens est consacré à cela ! En développant l’éolien et le solaire chez nous, nous perdons sur tous les tableaux : pas de baisse d’émissions, moins d’emploi car on augmente les importations. Enfin, nous allons garder la puissance nucléaire en garantie, mais baisser son facteur de charge en fonction du vent et du soleil. Première possibilité : EDF augmente le prix du kilowattheure pour avoir les moyens d’entretenir un parc resté identique avec une production diminuée. Le consommateur paie alors deux fois : une fois pour le nucléaire, une autre pour les ENR. Deuxième possibilité : EDF doit être périodiquement recapitalisé. Et tout cela pour perdre de l’emploi et ne rien gagner en CO2 ni en risque nucléaire. Il faut arrêter tout de suite. La bonne transition consiste à nous débarrasser du pétrole et du gaz fossiles ainsi que du peu de charbon que nous utilisons. Les chaudières fioul et gaz peuvent être remplacées par des pompes à chaleur fabriquées en France. Une partie de la chaleur industrielle peut aussi être électrifiée. Ensuite, le gros du pétrole est consommé pour les transports et il est responsable des deux tiers de notre CO2 émis. Le cocktail de solutions inclut moins de voitures, davantage de marche, de vélo, et de transports en commun, et l’électrification de l’essentiel de ce qui reste mécanisé.

Que peuvent faire les entreprises ?

Elles peuvent déjà bien comprendre le contexte dans lequel nous sommes et réfléchir aux possibilités existantes, avec des contraintes physiques qui vont augmenter. Si une partie de l’action peut venir de leur propre initiative, rapidement il leur faudra un cadre fourni par l’État. Cette stratégie d’ensemble doit être élaborée en comprenant les déplacements d’emplois associés, pour éviter la casse sociale. Au Shift Project [think tank fondé en 2010 par Jean-Marc Jancovici, ndlr], nous sommes en train de travailler sur un « plan de transformation de l’économie française » qui regarde justement comment s’organiser pour avoir des émissions qui baissent de 5 % par an, ce qui est nécessaire pour ne pas franchir la limite des 2 °C.

Donc 5 % de PIB en moins ?

Avec 1 à 1,5 % d’efficacité CO2 par an, cela ferait arithmétiquement 3,5 % de PIB en moins par an. Malheureusement, la croissance verte, ça n’existe pas ! Ce qui peut exister, c’est un amortissement de la contraction. C’est garder l’espoir dans un monde où l’on va nécessairement se mettre au régime. Faute de sobriété, le système se régule par l’effondrement. La conséquence du « je ne fais pas d’effort », ce sont les efforts qui arrivent par accident, et le Covid-19 est une possibilité parmi d’autres.

Que faites-vous pour être en accord avec vos idées ?

Ce que je peux ! J’ai changé de métier. Je me passe de voiture au quotidien et je ne prends l’avion que très rarement, quand je pense que l’enjeu l’impose. J’ai fortement diminué ma consommation de viande rouge. Je suis un « tout petit acheteur », mais c’est sans mérite, car je fais partie des hommes que l’on doit traîner dans les boutiques. J’ai isolé une partie de ma maison. Je dois encore changer ma chaudière au gaz par une pompe à chaleur et, je l’avoue, j’ai un péché mignon, le ski.

Risque de crise financière liée au coronavirus : « Il y a 2 chances sur 3 que l’on vive une répétition de 2008 »

Risque de crise financière liée au coronavirus : « Il y a 2 chances sur 3 que l’on vive une répétition de 2008 »

Propos recueillis par Louis Nadau Publié le 10/03/2020 à 10:44

Après l’effondrement des cours boursiers ce lundi 9 mars, Gaël Giraud, économiste et directeur de recherche au CNRS, analyse pour « Marianne » le risque de déclenchement d’une crise financière mondiale liée à l’épidémie de coronavirus.

Les craintes de voir l’épidémie provoquée par le nouveau coronavirus durablement affecter l’économie mondiale se sont amplifiées ce lundi 9 mars, une journée noire pour les Bourses dans le monde entier, tandis que l’Italie était à son tour en partie paralysée. La Bourse de Francfort a ainsi connu sa plus lourde chute depuis les attentats du 11 septembre 2001, s’effondrant de 7,94%, celles de Londres et de Paris perdant respectivement 7,69% et 8,39% (sa pire séance depuis 2008). Depuis le début de l’année, les grandes places européennes ont plongé d’environ 20%.

Ce lundi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pour sa part annoncé que la Chine était « en train de maîtriser l’épidémie », elle a parallèlement averti que « la menace d’une pandémie » à l’échelle de la planète était « devenue très réelle », tout en reconnaissant que ce serait « la première » de l’histoire « qui pourrait être contrôlée ». Le nombre des cas dépasse dorénavant les 110.000, dont près de 4.000 morts, dans 100 pays et territoires, selon un bilan établi par l’AFP.

Gaël Giraud, économiste et directeur de recherche au CNRS, revient pour Marianne sur les causes de cette crise qui menace l’économie mondiale, ainsi que sur ses possibles conséquences.

Marianne : Pourquoi les bourses mondiales ont-elles dévissé aujourd’hui ?

Gaël Giraud : Il y a d’une part l’impact du coronavirus, qui paralyse une bonne partie de l’économie mondiale, dont l’économie chinoise, laquelle représente 20 % du PIB mondial, l’Italie du nord, qui est l’une des régions les plus riches du monde, et la France, qui sera bientôt paralysée, elle aussi. Dans la mesure où la bulle spéculative actuelle est fondée sur une montagne de dettes privées, on assiste de la part de certains investisseurs à des ventes massives d’actifs, tant que ces derniers ont de la valeur, afin de pouvoir rembourser leurs dettes.

Par ailleurs, l’Arabie saoudite lance une guerre des prix du brut contre son ancien allié russe qui met l’industrie pétrolière américaine en difficulté, en particulier les puits d’Alberta. En effet, le prix de production réel du brut américain, difficile à déterminer compte tenu des subventions cachées de l’Etat américain, dépasse certainement les 30 dollars que vaut le baril, ce soir. Or beaucoup de banques américaines et européennes sont hautement dépendantes de l’industrie pétrolière. C’est l’ensemble du complexe financiaro-pétrolier qui est menacé.

Le déclenchement d’une crise financière majeure vous semble probable ?

Une crise financière est vraisemblable. Par construction, il est impossible de prédire les mouvements erratiques des marchés financiers, mais je dirais que nous avons deux chances sur trois pour que l’on vive une répétition de 2008. La situation de la pandémie reste en suspens en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, mais le PIB mondial va de toute manière baisser à cause de CoViD-19 : il faudrait que les marchés financiers soient très résilients et très sages pour que la situation ne dérape pas, ce qui n’a pas été leur caractéristique principale jusqu’à présent.

Qui se trouve en première ligne en cas de crise ?
Les Etats sont beaucoup plus fragiles qu’en 2008, avec des finances publiques plus dégradées car ils ont déjà dû payer le prix du krach des surprimes. De sorte que, s’ils choisissent de voler au secours des actionnaires des banques comme en 2008, plutôt que de nationaliser celles qui sont en faillite, cela coûtera encore plus cher aux contribuables. Si le système financier s’effondre, ce sera une fois de plus à ces derniers d’éponger les dettes colossales des banques, comme en Irlande depuis 2010, car l’Union bancaire européenne ne nous protège pas. Les plus exposés, ce sont les ménages modestes ou appartenant aux classes moyennes de pays dont le secteur bancaire reste fragile, faute d’avoir purgé leurs bilans des actifs pourris de 2008. C’est le cas en Italie, en Allemagne et en France.

Que faudrait-il faire pour éviter la crise ?

Pour que les marchés reprennent confiance, il faut d’abord limiter le risque sanitaire, en prenant des mesures drastiques de confinement. C’est très brutal mais il vaut mieux cela que risquer des milliers de morts et une crise financière majeure. Le système public hospitalier français, à la diète depuis des années du fait de l’idéologie néo-libérale, est incapable de faire face à la pandémie. Les médecins et les infirmiers font preuve d’un héroïsme inouï pour endiguer la pandémie, mais ils savent que, puisque ce gouvernement préfère défendre les intérêts économiques de court terme plutôt que la vie des Français, il est déjà trop tard.

Par ailleurs, je prône depuis longtemps des mesures de régulation financière destinées à éviter les conséquences du prochain krach : la séparation entre banques de marché et banques de crédit-dépôt, l’interdiction des ventes à découvert et du trading à haute fréquence, etc.

Le monde financier face au changement climatique

(1/3) Enquête

Quand les marchés s’aveuglent sur les risques climatiques
3 février 2020 Par Martine Orange

En paroles, les financiers sont convaincus de la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique. Mais les actes peinent à suivre : les marchés se refusent toujours à évaluer les risques. Pour les banques centrales, la sous-estimation de ces dangers pourrait entraîner une crise systémique majeure.

Nom : « The Green Swan ». C’est l’intitulé du scénario catastrophe élaboré et redouté de la Banque des règlements internationaux (BRI), scénario qui pourrait être provoqué par la crise climatique. Un monde de désordres et d’effondrements en chaîne. Un monde où les ruptures risquent d’être si profondes et multiples que celles-ci pourraient conduire non seulement à une crise financière, mais remettre en cause toute la stabilité du système mondial, dans des proportions d’une ampleur telle qu’il n’est pas assuré que les institutions existantes puissent être en mesure d’y faire face.

Cela fait déjà quelque temps que la BRI se préoccupe des conséquences de « la rupture épistémologique » – pour reprendre ses termes, empruntés à Gaston Bachelard – que pourrait avoir le changement climatique sur l’ensemble du système financier. Mais elle ne s’est jamais montrée aussi alarmiste que dans cette étude publiée le 20 janvier, intitulée The Green Swan (« Le Cygne vert »), en référence au concept de « Black Swan » (« Cygne noir »). Ce concept est utilisé par les économistes pour désigner un événement ou une série d’événements inattendus qui peuvent provoquer par leur réaction en chaîne une crise financière.

« Les risques physiques et de transition liés au climat impliquent des dynamiques environnementales, sociales, économiques et géopolitiques interactives, non linéaires et fondamentalement imprévisibles […]. Dans ce contexte d’incertitude profonde, les modèles traditionnels d’évaluation rétrospective des risques qui ne font qu’extrapoler les tendances historiques empêchent une pleine appréciation du risque systémique futur posé par le changement climatique », mettent en garde les cinq auteurs de l’étude.

Il n’y a pas que la Banque centrale des banques centrales à s’alarmer sur la dangereuse dérive du monde et la passivité des financiers et plus généralement du monde capitaliste face au réchauffement climatique. Alors que les scientifiques accumulent les preuves et les chiffres d’une accélération du changement du climat pouvant devenir insoutenable, de plus en plus d’économistes soulignent l’urgence d’agir, de changer la trajectoire du système.

« Le capitalisme financiarisé a déployé un régime de croissance qui évolue sur une trajectoire qui n’est pas viable face aux défis du siècle. 2020 peut être l’année charnière. C’est l’année où les États doivent renouveler leur intention sur le changement climatique. Rien n’a été fait depuis l’accord de Paris. Si nous temporisons encore, nous nous engageons sur une trajectoire de catastrophes. En 2025, il sera trop tard pour parvenir à limiter en dessous de 2 °C la hausse de température moyenne de la planète », avertit l’économiste Michel Aglietta, conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).

Pourtant, ces inquiétudes affleurent à peine dans le monde de la finance. Dire qu’aucune prise de conscience au sujet des enjeux climatiques n’existe chez les responsables économiques et financiers serait faux : il n’y a plus qu’une poignée de responsables à se proclamer ouvertement climatosceptiques et à fustiger, à l’instar de Donald Trump, « les prophètes de malheur ». « Il y a dix ans, quasiment tous les financiers disaient que l’environnement n’était pas leur problème. Aujourd’hui, plus aucun financier n’oserait tenir de tels propos. La rhétorique a considérablement évolué », constate l’économiste Thierry Philipponnat, directeur de recherche de Finance Watch et membre du collège de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

La conversion, toutefois, avance à pas de fourmi. « La prise de conscience se fait par petites touches », reconnaît Jézabel Couppey-Soubeyran, professeure d’économie à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne. « Ils ont compris le sujet intellectuellement mais de là à changer leurs pratiques… », nuance l’économiste Alain Grandjean, membre de la Fondation Nicolas-Hulot.

C’est l’hiatus de cette période. Beaucoup de choses ont changé dans les discours. Lors du dernier sommet de Davos, le climat et l’environnement ont été classés parmi les questions prioritaires, avant la croissance mondiale, la guerre commerciale ou la transformation numérique par les participants. Les incendies en Australie ont frappé les esprits et étaient dans toutes les conversations, comme les discours de plus en plus effrayants des scientifiques du Giec.

Tous ont écouté avec attention Greta Thunberg, porte-parole d’une société civile qui les a devancés, leur reprocher leur inaction. Financiers, industriels, milliardaires, responsables politiques se sont alors promis que la question écologique serait désormais au cœur de leurs réflexions et de leurs décisions…, avant de repartir dans leur jet privé. Plus de 1 500 avions et hélicoptères privés avaient été mobilisés pour assurer le déplacement des happy fews venus assister à leur grand-messe annuelle.

Le détail est anecdotique. Mais il est aussi symbolique. Dans quelle mesure les responsables sont-ils prêts à procéder à de vrais changements pour lutter contre le réchauffement climatique ? Le soupçon sur les mutations réelles du monde financier face aux questions écologiques est partout.

Les beaux discours, les grandes promesses, les engagements de faire mieux, tout cela ne relève-t-il pas de la simple rhétorique ? Où s’arrête le greenwashing, ce verdissement de l’économie qui n’est que communication, et où commence la véritable mobilisation contre le réchauffement climatique ? Dans quelle mesure l’écologie est-elle juste « une opportunité de faire de nouveaux business », comme s’interroge l’économiste Benjamin Coriat ? Finalement, tout n’est-il pas mis en œuvre pour que tout change sans que rien ne change dans le capitalisme financier tel qu’il existe ?

Le rêve d’une transition écologique en douceur

La relative confiance du capitalisme financier face aux questions environnementales pourrait s’expliquer par un mot : la transition écologique. Par ce seul terme, les responsables financiers et industriels mettent en lumière leur conviction commune : la question environnementale peut se traiter sans rupture, sans choc, sans urgence. Tout, selon eux, peut se traiter dans le temps, en douceur, afin de permettre au système de s’adapter tranquillement.

Pour eux, il n’y a aucune nécessité à précipiter les transformations. Certes, il faut supprimer la surconsommation de plastique. Mais cela peut se faire sur vingt ans. La disparition des pesticides ? Elle est programmée sur une bonne quinzaine d’années. La fin des moteurs thermiques ? L’horizon est encore plus lointain. Les énergies fossiles ? Donnons-nous le temps d’y réfléchir. D’ici là, l’argent et les technologies permettront d’inventer de nouvelles solutions pour assurer la transition du système sans à-coups, sans créer de perturbations.

De multiples études bancaires les maintiennent dans cette croyance. Ainsi, selon JP Morgan Chase, le changement climatique pourrait se traduire par une réduction du PIB mondial de 1 % à 7 % d’ici à 2100, s’il n’y a pas de modification des politiques et des réglementations, notamment sur les émissions de CO2. Ces chiffres si ridiculement bas ne peuvent que rassurer : le système sait gérer sans difficulté une telle baisse, surtout si elle s’étale sur plus de 80 ans. D’autant que, toujours persuadés que l’économie mondiale évolue dans un monde sans limites, les mêmes analystes pensent que le revenu par habitant sur la même période devrait connaître des croissances de 100 à 400 %. Autant dire, les répercussions du changement climatique, selon ces analyses, relèvent de l’épaisseur du trait.

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Dès septembre 2015, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a pourtant mis en garde le monde financier : celui-ci s’aveuglait face aux risques climatiques. Ce discours est devenu une référence : il fut le premier des banquiers centraux et des régulateurs à souligner la sous-estimation systématique des risques posés par le changement climatique, et leurs répercussions sur l’ordre du monde. Mark Carney parla ce jour-là de « la tragédie des horizons ».

« Nous n’avons pas besoin d’une armée d’actuaires pour nous dire que les conséquences catastrophiques du changement climatique se manifesteront bien après les horizons traditionnels de la plupart des acteurs, imposant un coût aux générations futures que les générations actuelles n’ont pas d’intérêt direct à régler. Cela est au-delà du cycle économique, du cycle politique, et de l’horizon des autorités technocratiques comme les banques centrales. […] Pour la stabilité financière, c’est un peu plus long, mais généralement jusqu’aux limites du cycle de crédit, environ une décennie. En d’autres termes, une fois que le changement climatique devient un sujet pour la stabilité financière, il peut être déjà trop tard », déclara-t-il alors devant les membres du Lloyd’s, le gardien du monde des assurances à Londres.

« Nous sommes toujours dans cette tragédie des horizons dont parle Mark Carney. En dépit des mises en garde, il y a un retard considérable des marchés. Ceux-ci continuent de raisonner à court terme, alors que le risque climatique s’inscrit dans un horizon long. Mais plus le temps passe, plus le risque se rapproche », souligne Jézabel Couppey-Soubeyran.

Rien dans les bilans

« Si le monde financier était vraiment convaincu de l’importance des questions climatiques, si cette croyance était vraiment profonde, cela devrait se traduire dans les chiffres, dans les bilans. Or le climat n’y est toujours pas, alors qu’il devrait y avoir déjà des paquets de dépréciations d’actifs », ajoute l’économiste Alain Grandjean.

De fait, rien n’apparaît dans les bilans des banques, des assurances, des entreprises. La dimension des risques liés à l’environnement n’est jamais évaluée, dans les investissements, dans leurs engagements. Les provisions pour dépréciations d’actifs entraînées par ces risques n’existent pas. Les agences de notation, censées être les vigies du système, ignorent superbement ces sujets.

« Les banques ne peuvent se contenter d’une approche wait and see », met en garde la Banque des règlements internationaux. En septembre, la Banque de France insistait auprès des banquiers et des assureurs français pour qu’ils soient beaucoup plus vigilants sur leur appréhension des risques climatiques, soulignant qu’à terme « l’assurabilité de certains risques pourrait se poser ». « Les banquiers centraux sont vraiment sensibilisés au sujet. Cette année, la Banque d’Angleterre et la Banque de France ont décidé pour la première fois de faire un stress test climatique sur les bilans des banques et des assurances », constate Thierry Philipponnat.

Ces premières évaluations permettront-elles de mieux appréhender les risques ? Les règles comptables existantes n’aident guère à une politique de précaution, comme le relève Michel Aglietta. La fair value (la valeur de marché), qui constitue un des piliers du capitalisme financier actuel, n’admet que la valorisation instantanée des actifs. Or, le marché n’a pas encore voulu constater le risque environnemental. Même s’il est avéré, il est trop lointain selon ses critères.
Face à des risques multiples

Le seul risque qui semble pour l’instant pris en compte est celui de la réputation. Parce que les banques et les assurances supportent mal de voir leur nom associé à des pratiques dénoncées par des associations, celles-ci se montrent beaucoup plus attentives à leurs engagements, et mènent certaines révisions de leurs investissements.

À la suite de plusieurs campagnes menées par Greenpeace dénonçant leurs investissements dans les énergies fossiles, et en particulier le charbon, tous les acteurs financiers ont annoncé la réduction de leurs engagements dans ces secteurs. BNP Paribas a ainsi fait part de son intention de réduire à zéro son exposition au charbon thermique, à horizon 2030 dans l’Union européenne et à horizon 2040 dans le reste du monde. Le Crédit agricole s’est fixé des objectifs de désengagement comparables : il prévoit de sortir définitivement du charbon en Europe en 2030, en Chine en 2040 et dans le reste du monde en 2050. La Société générale a promis en mai d’arrêter de travailler avec toutes les entreprises dont l’activité dans le charbon thermique représentait plus de 50 % de leurs revenus ou qui n’auraient pas de stratégie de transition.

D’une certaine façon, les engagements pris il y a 15 jours par le fondateur de BlackRock, Larry Fink, relèvent de la même préoccupation : le souci de la réputation. Attaqué pour sa politique de vote qui l’a amené à soutenir des résolutions défavorables aux questions écologiques dans les entreprises, le gestionnaire d’actifs a promis qu’à l’avenir il utiliserait son pouvoir actionnarial pour pousser les directions à prendre plus au sérieux la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. D’ores et déjà, il s’engage à ne plus investir dans les entreprises dont l’activité liée au charbon dépasserait les 25 %.

Les promesses du premier gestionnaire d’actifs mondial ont été vues comme une inflexion majeure de la finance en matière de préoccupations environnementales. C’est simplement un premier pas. Car le changement n’est pas à la mesure des défis posés. « Le risque climatique est un risque systémique qui porte sur de multiples composantes. Il peut être physique, juridique, de transition », analyse l’économiste Laurence Scialom, professeure à l’université Paris X-Nanterre. Avec à la clé des implications financières immenses.

Ces dernières années, certains électriciens ont commencé à mesurer ce que signifiait la rupture climatique. Pris à contre-pied par le développement des énergies renouvelables, les groupes allemands RWE et E.ON, qui figurent parmi les plus importants émetteurs de CO2 en Europe avec leurs centrales thermiques, ont dû en fermer certaines, dévaluer leurs actifs. Ces opérations se sont traduites en milliards de pertes. Ils se sont scindés, restructurés, ont échangé des actifs. Pour éviter leur effondrement, le gouvernement allemand a dû intervenir en imposant une nouvelle répartition des rôles dans l’organisation électrique du pays : E.ON a repris l’organisation des réseaux et le service aux clients, et RWE la production des énergies renouvelables.

Engie (ex-GDF-Suez), lui, s’est retrouvé piégé dans des centrales à charbon en Australie, récupérées dans le cadre d’une de ses nombreuses opérations de fusion-acquisition. Il a dû fermer la centrale d’Hazelwood, considérée comme l’une des plus polluantes au monde, et a vendu à prix cassé une autre centrale à un conglomérat hongkongais. Coût de ces désengagements : plusieurs milliards d’euros, semble-t-il. Plus récemment, l’électricien PG&E, désigné comme le principal responsable des incendies en Californie en 2018 – il semble avoir préféré pendant des années le versement des dividendes à ses actionnaires à l’entretien de son réseau –, n’a eu d’autre solution que de se déclarer en faillite. Il est dans l’incapacité de faire face à ses responsabilités juridiques : le coût de ces incendies californiens est évalué à 400 milliards de dollars, soit la moitié du budget de la défense américain, selon l’organisation AccuWeather. « Cette faillite peut-être considérée comme la première faillite climatique », selon Laurence Scialom.

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Destruction massive de capital

Pour de nombreux observateurs, ces exemples ne sont que les prémices des changements en cours. Toutes les activités liées de près ou de loin au charbon sont sous la menace d’être demain réduites à la valeur zéro. Mais le risque s’étend à toutes les activités d’énergie fossile ou qui y sont liées. Il peut être direct ou de transition. Parce que certaines villes ont commencé à interdire le diesel dans leurs rues, parce qu’il y a eu scandale et tricherie sur les mesures des émissions, les constructeurs automobiles européens ont vu, en moins de trois ans, les investissements dans le diesel réduits en cendres. Demain, le secteur aéronautique pourrait être confronté à des problèmes identiques. Tout comme le transport maritime, l’industrie cimentière ou chimique.

Mais les risques posés par le changement climatique ne s’arrêtent pas aux seuls domaines de l’énergie et des émissions de CO2, ou de gaz à effet de serre. Ce sont des pans entiers de l’économie qui sont concernés, de l’agroalimentaire à l’immobilier. Les événements liés au réchauffement climatique (crues, désertification, submersion des terres, chaleurs extrêmes…) peuvent créer des dommages et des destructions irréversibles. Des portefeuilles entiers pourraient être déclassés, anéantis, liquidés, se transformer en actifs échoués. Personne n’est capable d’estimer les sommes en jeu. Mais les destructions pourraient être immenses.

La crise des subprimes qui est intervenue au milieu de 2007 donne un aperçu de ce qui pourrait se passer : en quelque semaines, ces titres évalués à 100 ont été ramenés à zéro. L’effondrement de ce seul segment financier a suffi pour provoquer une crise financière mondiale, la plus importante depuis 1929.

C’est ce scénario que les banques centrales redoutent de voir se reproduire : la destruction brutale de capitaux liés à des raisons climatiques. D’autant que ces actifs servent souvent de collatéral (mise en garantie) à la montagne de dettes qui a encore enflé dans des proportions démesurées depuis la crise financière. Si la valeur de ces actifs s’effondre d’un jour à l’autre, c’est toute la chaîne à laquelle ils sont adossés (prêts, assurances, contreparties…) qui s’écroulera comme un château de cartes. Un séisme. Toute la stabilité financière mondiale et, plus généralement, tout le système économique mondial pourraient se retrouver en ruines, par enchaînement.

À défaut d’autres moyens à sa disposition, la Banque des règlements internationaux avance une hypothèse extrême : « Dans le pire des scénarios, les banques centrales pourraient être confrontées à une situation où elles seraient amenées à intervenir au-delà de leur mandat pour agir en tant que garantes climatiques en dernier ressort. » La stratégie du désespoir. Une nouvelle fois, les banques centrales sont prêtes à tout pour sauver un secteur financier aveugle.

Deuxième volet : les mirages d’une finance verte.

L’apocalypse des écologistes radicaux

Le gouvernement australien envisage de sévir face au discours « apocalyptique » des écologistes radicaux

En Australie, des protestataires organisent régulièrement des « actions de boycott secondaire » visant à pousser les entreprises locales à ne pas conclure d’accord avec l’industrie du charbon. Face à ce phénomène, le gouvernement du « Down Under » a affirmé ce vendredi vouloir sévir contre une frange radicale écologiste au discours qualifié d’« apocalyptique. »

Le gouvernement conservateur australien, indéfectible soutien de l’industrie du charbon, a menacé vendredi de sévir contre une frange radicale écologiste au discours qualifié d’« apocalyptique », au moment où se multiplient les manifestations pour le climat.

Le Premier ministre Scott Morrison a déclaré lors d’une importante conférence rassemblant des professionnels du secteur minier que son gouvernement cherchait à légiférer contre les protestataires organisant des « actions de boycott secondaire », qui visent à pousser les entreprises à ne pas conclure d’accord avec l’industrie minière.

« Nous travaillons pour identifier les mécanismes qui permettront de rendre illégales ces pratiques égoïstes qui menacent les conditions de vie des Australiens », a déclaré Scott Morrison lors de cet événement dans l’État du Queensland (nord-est), très riche en ressources.

« Le droit de manifester n’implique pas qu’il y ait un permis illimité de perturber la vie des gens et de manquer de respect aux concitoyens australiens. »

Une « menace sournoise » pour l’économie australienne

Scott Morrison a encore durci le ton sur la question climatique depuis sa victoire surprise aux élections en mai. Certains considèrent que son pari de soutenir un projet minier controversé du groupe indien Adani dans le Queensland, avant le scrutin, avait fait pencher la balance.

Conduit par Adani, le projet Carmichael de mine de charbon près de la Grande Barrière de Corail est depuis son origine plombé par des problèmes judiciaires et réglementaires.

Mais il est aussi la cible de l’activisme d’organisations dénonçant sans relâche son impact environnemental. Certaines ont lancé une campagne pour demander aux entreprises de ne pas collaborer avec Adani.

L’actuel Premier ministre a affirmé que ces organisations faisaient planer une « menace sournoise » sur l’économie.

Une dépendance au charbon

« Il existe de nouvelles menaces pour l’avenir du secteur des ressources », a-t-il dit. « Un nouveau genre d’activisme radical avance, apocalyptique dans son ton, hermétique au compromis, c’est tout ou rien, n’autorisant aucune opinion différente. »

Le Premier ministre avait défrayé la chronique en 2017 en brandissant comme un trophée dans la Chambre des représentants un morceau de charbon et en lançant ironiquement à l’assistance : « N’ayez pas peur ! »

Selon l’Agence internationale de l’Énergie, l’Australie, avec ses 25 millions d’habitants et son économie très dépendante du charbon, arrivait en 2016 deuxième au classement des pires pollueurs de la planète par habitant, derrière l’Arabie saoudite en matière d’émissions.

Des réductions d’émissions de CO2 attendues pour 2030

Issu du Parti libéral, Scott Morrison reconnaît la réalité du réchauffement climatique mais affirme que le problème peut se gérer sans pénaliser l’économie australienne.

Il oppose une fin de non-recevoir à ceux qui lui demandent d’en faire davantage pour le climat, tout en assurant que son pays tiendra ses engagements de réduire ses émissions de 26 % à 28 %, par rapport à leur niveau de 2005, d’ici 2030.

« L’Australie ne signera pas un chèque en blanc concernant son économie » pour un combat « qui implique une action du monde entier », a dit vendredi celui qui a boudé en septembre le sommet spécial de l’ONU sur le climat.

L’île-continent a récemment été le théâtre de nombreuses manifestations pour le climat, notamment en octobre avec la campagne « Extinction Rebellion ».

Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées mardi lors d’un rassemblement contre une conférence du secteur minier à Melbourne.

« Contre notre mode de vie »

Le ministre de l’Intérieur Peter Dutton, « faucon » au sein du gouvernement, a également menacé vendredi de sévir contre les activistes de la cause climatique qui sont « complètement contre notre mode de vie ».

« La plupart ne croient même pas en la démocratie », a-t-il estimé en suggérant que ces protestataires soient contraints de payer la facture des déploiements de force de l’ordre qu’ils occasionnent en manifestant.

L’ONG Human Rights Law Centre a défendu la légitimité des campagnes de boycott en jugeant « profondément préoccupants » les propos de M. Morrison. « Pour protéger notre démocratie et assurer un meilleur avenir pour tous les Australiens, le gouvernement devrait renforcer notre droit à manifester et non l’affaiblir. »

Le Premier ministre Scott Morrison a déclaré lors d’une importante conférence rassemblant des professionnels du secteur minier que son gouvernement cherchait à légiférer contre les protestataires organisant des « actions de boycott secondaire », qui visent à pousser les entreprises à ne pas conclure d’accord avec l’industrie minière.

« Nous travaillons pour identifier les mécanismes qui permettront de rendre illégales ces pratiques égoïstes qui menacent les conditions de vie des Australiens », a déclaré Scott Morrison lors de cet événement dans l’État du Queensland (nord-est), très riche en ressources.

« Le droit de manifester n’implique pas qu’il y ait un permis illimité de perturber la vie des gens et de manquer de respect aux concitoyens australiens. »

Une « menace sournoise » pour l’économie australienne

Scott Morrison a encore durci le ton sur la question climatique depuis sa victoire surprise aux élections en mai. Certains considèrent que son pari de soutenir un projet minier controversé du groupe indien Adani dans le Queensland, avant le scrutin, avait fait pencher la balance.

Conduit par Adani, le projet Carmichael de mine de charbon près de la Grande Barrière de Corail est depuis son origine plombé par des problèmes judiciaires et réglementaires.

Mais il est aussi la cible de l’activisme d’organisations dénonçant sans relâche son impact environnemental. Certaines ont lancé une campagne pour demander aux entreprises de ne pas collaborer avec Adani.

L’actuel Premier ministre a affirmé que ces organisations faisaient planer une « menace sournoise » sur l’économie.

Une dépendance au charbon

« Il existe de nouvelles menaces pour l’avenir du secteur des ressources », a-t-il dit. « Un nouveau genre d’activisme radical avance, apocalyptique dans son ton, hermétique au compromis, c’est tout ou rien, n’autorisant aucune opinion différente. »

Le Premier ministre avait défrayé la chronique en 2017 en brandissant comme un trophée dans la Chambre des représentants un morceau de charbon et en lançant ironiquement à l’assistance : « N’ayez pas peur ! »

Selon l’Agence internationale de l’Énergie, l’Australie, avec ses 25 millions d’habitants et son économie très dépendante du charbon, arrivait en 2016 deuxième au classement des pires pollueurs de la planète par habitant, derrière l’Arabie saoudite en matière d’émissions.

Des réductions d’émissions de CO2 attendues pour 2030

Issu du Parti libéral, Scott Morrison reconnaît la réalité du réchauffement climatique mais affirme que le problème peut se gérer sans pénaliser l’économie australienne.

Il oppose une fin de non-recevoir à ceux qui lui demandent d’en faire davantage pour le climat, tout en assurant que son pays tiendra ses engagements de réduire ses émissions de 26 % à 28 %, par rapport à leur niveau de 2005, d’ici 2030.

« L’Australie ne signera pas un chèque en blanc concernant son économie » pour un combat « qui implique une action du monde entier », a dit vendredi celui qui a boudé en septembre le sommet spécial de l’ONU sur le climat.

L’île-continent a récemment été le théâtre de nombreuses manifestations pour le climat, notamment en octobre avec la campagne « Extinction Rebellion ».

Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées mardi lors d’un rassemblement contre une conférence du secteur minier à Melbourne.

« Contre notre mode de vie »

Le ministre de l’Intérieur Peter Dutton, « faucon » au sein du gouvernement, a également menacé vendredi de sévir contre les activistes de la cause climatique qui sont « complètement contre notre mode de vie ».

« La plupart ne croient même pas en la démocratie », a-t-il estimé en suggérant que ces protestataires soient contraints de payer la facture des déploiements de force de l’ordre qu’ils occasionnent en manifestant.

L’ONG Human Rights Law Centre a défendu la légitimité des campagnes de boycott en jugeant « profondément préoccupants » les propos de M. Morrison. « Pour protéger notre démocratie et assurer un meilleur avenir pour tous les Australiens, le gouvernement devrait renforcer notre droit à manifester et non l’affaiblir. »

https://www.ouest-france.fr

Thomas Piketty : « Après le déni climatique, le déni inégalitaire »

CHRONIQUE

Pour bâtir de nouvelles normes de justice acceptables par le plus grand nombre, il est indispensable de pouvoir mesurer les efforts demandés aux différents groupes sociaux, recommande l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

Corinne Morel Darleux : «Refuser un poste, sortir de la surconsommation, c’est affirmer que cette société ne nous convient pas» – Libération

Corinne Morel Darleux : «Refuser un poste, sortir de la surconsommation, c’est affirmer que cette société ne nous convient pas» – Libération
— À lire sur www.liberation.fr/amphtml/debats/2019/10/22/corinne-morel-darleux-refuser-un-poste-sortir-de-la-surconsommation-c-est-affirmer-que-cette-societe_1759102

« Je ne vois pas comment nous pourrions échapper à une nouvelle crise financière » : entretien avec Gaël Giraud sur les années 2020

​Pour fêter 2020, Marianne a interrogé différentes personnalités sur la décennie à venir. Voici l’entretien réalisé avec Gaël Giraud, économiste, directeur de recherche au CNRS, ancien chef économiste de l’Agence française de développement.
— Read on www.marianne.net/economie/je-ne-vois-pas-comment-nous-pourrions-echapper-une-nouvelle-crise-financiere-entretien-avec

Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

Tribune

Une enquête proposant un choix entre trois modèles de société montre une préférence pour des modes de vie favorisant la proximité, les liens avec les proches et une consommation locale, constate l’économiste dans une tribune au « Monde ».

Publié le 22 novembre 2019 à 00h34

Il est souvent dit que notre époque souffre d’une panne des utopies et que les Français, en particulier, nourrissent leur pessimisme d’un déficit d’avenir désirable.

Pour tenter d’y voir plus clair, nous avons conduit à l’Observatoire société et consommation (Obsoco), avec le soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de la banque publique d’investissement Bpifrance et de la chaire ESCP-Edouard-Leclerc, une enquête approfondie auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 personnes âgées de 18 à 70 ans.

Cette enquête opère une plongée dans les imaginaires à l’œuvre au sein de la société française. Nous y avons notamment mesuré le degré d’adhésion des Français à trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » associés à des relais d’opinion, des mouvements plus ou moins organisés, qui prescrivent des priorités, des pratiques, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Il s’agit de l’utopie « techno-libérale », qui décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon ; de l’utopie « écologique », qui dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux » ; enfin, de l’utopie « sécuritaire », qui renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son indépendance économique et son identité face aux influences étrangères.

Porosité des différences

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. Les répondants ont été invités à déclarer dans quelle mesure ces modèles de société se trouvaient en phase avec leur propre conception d’une société idéale, de manière globale et aspect par aspect.

C’est l’utopie « écologique » qui sort gagnante de cette confrontation ; 55 % des répondants lui ont accordé leur meilleure note. L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (elle est l’utopie préférée de 29 % des répondants), laissant l’utopie « techno-libérale » assez loin derrière (16 %), celle-ci étant pénalisée par un rejet massif des perspectives de l’augmentation de l’humain.

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La séduction exercée par l’utopie écologique traverse les différentes strates de la société, mais les plus jeunes y sont particulièrement sensibles ; elle déborde vers une part notable des partisans des deux autres systèmes utopiques, témoignant de la porosité des préférences. Cette porosité s’étend en fait dans toutes les directions : aucun système utopique ne fait l’objet d’un franc rejet de la part d’une proportion importante de la population, et les répondants ont eu tendance en fait à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux.

La thématique de l’effondrement

L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement.

Mais l’adhésion qu’elle suscite ne s’inscrit pas seulement – comme beaucoup des aspirations appréhendées dans l’enquête – dans une logique du « contre » (l’utopie écologique contre les perspectives catastrophiques du dérèglement climatique). Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Les propositions qui décrivent les modes de vie et de consommation de l’utopie écologique sont celles qui recueillent les évaluations parmi les plus favorables à l’échelle de l’ensemble des propositions décrivant les trois systèmes utopiques.

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Ainsi, il ressort qu’une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. De manière cohérente, 56 % des Français interrogés déclarent vouloir « consommer mieux », dont 36 % seraient disposés pour cela à « consommer moins mais mieux », soit sensiblement plus que les 21 % qui affirment vouloir « consommer plus ».

Les Français interrogés ont également clairement exprimé leur désir, dans un monde idéal, de consacrer une part importante du temps disponible à faire plus de choses par eux-mêmes (bricoler, jardiner, cuisiner, fabriquer, réparer…) et à s’adonner à leurs passions. Clairement, l’utopie écologique semble ainsi s’être départie des imaginaires négatifs qui pouvaient être associés à l’idée de décroissance.

Des aspirations divergentes

Si l’enquête révèle également des aspirations à des changements radicaux de l’organisation du système politique et de la vie économique allant dans le sens d’une plus grande capacité de prise de parole et de participation, ce qu’ont massivement exprimé les Français ayant participé à l’enquête, c’est l’aspiration à des modes de vie, des manières d’habiter, des façons de consommer… qui, tout en répondant à la nécessité de sauver la planète, révèlent un désir de ralentissement, d’une plus forte autonomie, d’une plus grande maîtrise de sa vie et d’une volonté de lui redonner un sens que la société d’hyperconsommation a eu tendance à diluer.

Il y a là un socle qui réunit des populations qui, par ailleurs, expriment des aspirations divergentes. De quoi inspirer aux gouvernants de véritables politiques des modes de vie de nature à produire des retombées rapides sur le vécu quotidien, et aux entreprises qui œuvrent sur les marchés de consommation un sérieux repositionnement de leur proposition de valeur. Les esprits chagrins pourront en revanche déplorer qu’il est difficile de voir dans ces résultats l’adhésion à un « grand récit » ou à un projet grandiose, mais plutôt l’expression d’aspirations individualistes à une vie meilleure.

Philippe Moati est professeur d’économie à l’université Paris-Diderot et cofondateur de l’Observatoire société et consommation (Obsoco).

au-delà des grèves et des rêves

Par Edgar Morin, Sociologue — 31 décembre 2019

Le sociologue propose une pause dans le débat sur les retraites. Le sujet mérite une vraie réflexion, et non le projet actuel imposé par l’orthodoxie doctrinaire du néolibéralisme. Il met aussi en garde les acteurs du mouvement social en cours qui risque de libérer les pires forces réactionnaires.
www.liberation.fr/debats/2019/12/31/edgar-morin-au-dela-des-greves-et-des-reves_1771418

Le sociologue propose une pause dans le débat sur les retraites. Le sujet mérite une vraie réflexion, et non le projet actuel imposé par l’orthodoxie doctrinaire du néolibéralisme. Il met aussi en garde les acteurs du mouvement social en cours qui risque de libérer les pires forces réactionnaires.

Tribune. Je suis de ceux qui pensent qu’une ample discussion sur le problème des retraites aurait été un préalable nécessaire à un projet de réforme. Une réforme demande une réflexion et une pensée avant tout calcul.

Je suis de ceux qui pensent qu’une ample discussion publique aurait dû porter sur les différentes façons de vivre sa retraite, considérant ceux pour qui la retraite est une libération qui permet une nouvelle vie et ceux pour qui elle est une remise à l’écart dans une nocive inactivité, et également sur les dissemblances extrêmes du vieillissement, lequel maintient les uns en santé tandis qu’il dégrade la vie de la plupart des autres.

Je suis de ceux qui auraient aimé que la parole soit donnée à toutes les catégories de retraités actuels pour que les expériences vécues dans la retraite, du bricolage ou la garde des petits enfants à l’asile, entrent dans la connaissance des décideurs et des citoyens avant toute élaboration de projet.

Je suis de ceux qui se demandent si une unification du système des retraites serait vraiment rationnelle si elle ne respecte pas la diversité des cas et situations. Aux pénibilités du travail physique et industriel se sont ajoutées ou parfois substituées des pénibilités psychiques dues aux compressions de personnels et surcharges de l’hypercompétitivité. Ne serait-il pas alors possible de trouver les moyens de combiner unité et diversité ?

Je suis de ceux qui pensent que la prolongation physique de la vie comporte trop de différences dans le vieillissement et la santé selon classes sociales, origines et métiers pour fixer un avancement de l’âge de la retraite. L’allongement de la quantité de vie n’entraîne pas de lui-même allongement de la qualité de vie. Par ailleurs la prolongation de l’espérance de vie n’est qu’une hypothèse qui peut être contrariée par la dégradation des conditions de vie ou la progression actuelle de maladies chroniques.

Comme il m’est évident que l’âge proposé (et peut-être imposé) est déterminé avant tout par des considérations budgétaires, il obéit non pas à une rationalité réformatrice, mais à une rationalité économiste ou plutôt financière, imposée par l’orthodoxie doctrinaire du néolibéralisme. Les promoteurs de cette rationalité ne voient pas son irrationalité.

Je suis de ceux qui pensent que la révolte contre la réorganisation standardisante des retraites, dite réforme, tient non seulement ou principalement à des intérêts corporatistes lésés ou des privilèges, qui ne semblent tels qu’aux vrais privilégiés, mais à une réaction populaire profonde contre une politique réactionnaire abolissant les unes après les autres les conquêtes sociales du siècle passé.

Ainsi je suis de ceux qui pensent que le soulèvement français si singulier, né des gilets jaunes et se renouvelant dans les grèves de décembre, s’intègre dans un soulèvement de peuples de divers continents. Les plus frappantes et hélas les plus frappées sont celles où la nouvelle sainte Alliance des pouvoirs politiques et des pouvoirs financiers est établie.

Je suis donc de ceux qui comprennent ce soulèvement, sans en méconnaître les scories de haines, d’égarements, de violences dans sa grande révolte et sa grande fraternisation. J’ai connu les scories de notre merveilleuse libération de Paris avec ses femmes tondues et ses délations de vengeance.

Je suis également de ceux qui sont convaincus que la voie politique économique, sociale, propulsée par le triple moteur déchaîné et incontrôlé science-technique-économie conduit à des catastrophes en chaîne affectant le devenir de l’humanité.

Mais je pense que la Révolution nécessaire est présentement impossible. Je pense même qu’une Voie de métamorphose progressive, bien qu’elle soit définie par quelques-uns dont l’auteur de ces lignes, ne peut être suivie faute d’une pensée fondée sur une conception complexe du monde, de la vie, de l’humain, de la société, de l’histoire, faute d’une organisation d’avant-garde annonçant, préparant, agençant la nouvelle Voie.

Alors voici ma crainte fondée sur la conscience qu’une action n’obéit pas nécessairement à son intention, mais subit les détournements et parfois pire son propre retournement contraire à l’intention. Ainsi les printemps libérateurs ont aussi libéré des forces réactionnaires qui les ont abolis et institués souvent un regel pire que celui qui précédait. Il en fut ainsi du printemps arabe de 2010-2011, du printemps européen de 1848, de la révolution russe émancipatrice de 1917 devenue asservissante. Les forces les plus progressistes déclenchent les pires forces réactionnaires, qui peuvent être écrasées, mais risquent d’être écrasantes.

Je crains donc que le soulèvement populaire ne débouche non seulement sur une répression réactionnaire, mais sur une aventure qui conduirait au pouvoir du Rassemblement national ou de quelque néo-dictature.

Aussi je pense qu’un compromis puisse être une issue provisoire : un compromis est une demi-victoire ou une demi-défaite selon qu’on le voie comme une bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Il favoriserait une pause historique où nous pourrions réfléchir enfin à comment résister à la régression planétaire envahissant tous continents, comment sauver les avant-gardes en les faisant arrière-garde contre la régression, comment élaborer la nouvelle pensée la nouvelle politique, les nouveaux modes d’organiser l’action.